Blackstone : The High Country
(XIII bis)
Association de bienfaiteurs

Blackstone est un bonheur chaud, énergique, captivant,
émouvant. Mais sans le single évident qui en ferait
le Queen Of The Stone Age français. Son deuxième album,
The High Country, prouve d’ailleurs que la boîte stoner,
comme pour QOTSA, est bien trop petite pour le groupe.
Ses racines plongent dans l’humus des années 1970. L’écorce
Led Zeppelin et blues enveloppe un tronc en Black Sabbath. La variété
des inspirations fait pousser des branches maghrébines et
Pink-Floydiennes, tandis qu’un vent country et rock sudiste agite
les feuilles.
The High Country révèle un cœur énorme.
Pas étonnant quand on sait quelle sève le fait battre.
Le batteur Marc Varez, ex Vulcain (cf. note 1) (le frérot
de Trust) dégage de ses fûts un feeling à éclairer
une nuit sans Lune. Il s’est entouré de l’Américain
Ian Kent, à la voix enveloppante et rapeuse juste ce qu’il
faut, de Sami (basse), d’Olivier Jargeais (guitare) et de Smail
"Zogo" Guerioum (percussions et chant oriental).
Il n’est pourtant pas question ici de hard-rock. Piano, banjo,
guitare slide, mandoline, dobro et bodhran (Alan Dune) hantent les
morceaux. Loin de la simple juxtaposition, toutes ces couleurs peignent
un paysage chatoyant mais complètement homogène. La
dominante reste l’amitié et le plaisir de jouer, quasiment
palpables.
La liste des invités tient du all-star-band du hard français
: Vincent Puzzio (Vulcain) à la basse, Patrick Rondat (cf.
note 2) (Jean-Michel Jarre, Elegy), Jean-Marc Tristani (Massacra)
et Tchak (Blackstone 1.0) côté guitares, Deborah Lee
pour le chant…
Le travail sur les grattes pose des ambiances de soleil en rase-motte
sur la sierra, où les solos jouent le cavalier sortant de
l’obscurité. On entendrait presque la queue d’un serpent
à sonnettes. On pense parfois au Little Bob de
Lost Territories.
Rock en liberté
Et comme Little Bob, Blackstone n’arrachera aucun hit. Mais ses
musiciens ont touché à l’essentiel, en nous emmenant
ailleurs, galopant vers l’aventure. Avec, en chasseur de prime,
des textes qui enfoncent la plupart de la concurrence dans leurs
sables mouvants de médiocrité.
Le morceau
Out Of Nowhere, qui achève le disque
et l’auditeur, constitue l’illustration parfaite de ce rock en liberté.
On ne voit pas passer ses 6’44"mn tellement elles s’avèrent
envoûtantes.
Une porte claque. Sur une touche d’orgue monte un chant masculin
arabisant, qui précède la voix blues. La guitare acoustique
nous ramène en Espagne, en compagnie de la première
voix. Et, toujours sur un nuage d’orgue, la batterie s’incruste,
subtile mais lourde. Surviennent alors les fantômes de Roger
Waters et David Gilmour, dans les intonations de la guitare électrique
et bientôt de la voix de Ian Kent. Patrick Rondat, dont les
solos font beaucoup sans jamais en faire trop, se trouve secondé
d’un coup par des accords heavy. Le chant devient plus agressif.
Break. Distorsions lancinantes, psychédéliques. Cloche.
Fade-out sur battement d’horloge. The end.
Blackstone est un ami soudain intime qui vient frapper à
votre porte sans prévenir pour vous emmener en voyage.
The
High Country est un disque qui rend heureux. Une œuvre généreuse
et, tout simplement, très belle. Un coup de cœur.
1 : Un panorama des talents du groupe est offert sur
Compilaction,
sortie en 1997 sur Metal XIII. Vulcain a définitivement jeté
l’éponge après
Stoppe La Machine en 1998.
2 : La longue interview que Patrick Rondat nous avait accordée
en novembre 2000 est toujours consultable
ici.