Les Talents du Sud 2003
Encore une opération réussie pour A Capella
!
En vous promenant sur la Croisette, vous ne pouviez
passer à côté d’un événement exceptionnel.
En effet, en marge du MIDEM se déroulaient, dans le cadre
prestigieux du Noga Hilton, les soirées des Talents du Sud.
« Exceptionnel »… Pourquoi me direz-vous ? Et bien pour
au moins deux raisons.
La première est qu’il est quasiment impossible d’organiser
une soirée, et a fortiori cinq soirées, aux abords
du Palais des Festivals (NDR : L’hôtel Noga Hilton est à
250 mètres du Palais), sauf si on est LA radio des «
hit music only », ou si on est LE label électro au
nom égyptien… Et voilà que l’association A Capella,
basée à Cagnes-sur-Mer, réussi à convaincre,
pour la troisième année consécutive, le Noga
Hilton, la Fnac, RTL2, Le Studio Marylin, et… Amb France Music.
Résultat ? Cinq soirées d’une qualité irréprochable
à quelques mètres du Palais, avec un public composé,
pour les trois quarts, de producteurs et autres professionnels de
la musique venant se détendre après une longue journée.
La deuxième raison, et non des moindres, est la chance
qui a été donnée aux musiciens jouant lors
de ces soirées. La sélection artistique a dû
être assez compliquée, l’association ayant reçu
plus de 100 maquettes, mais je dois dire, en essayant de rester
le plus objectif possible, que Philippe Delmas et son équipe
ont fait preuve d’un choix très sûr, avec quelques
surprises.
Je dis « surprises » car le deal de départ
était de faire jouer des artistes régionaux, résidant
tous dans la région PACA, non signés par un label.
Et au fil des soirées, je me demandais pourquoi aucun label
ne les avait encore pris sous son aile. La majorité des artistes
ayant joué lors de ces cinq soirs ont un dossier de presse
à faire pâlir n’importe quel musicien, et surtout,
des qualités techniques, artistiques et humaines qui rendent
inadmissible le fait que labels, parisiens pour la quasi totalité,
ne les connaissent pas encore. Donc, messieurs les D.A, n’oubliez
pas que l’avenir de la musique est le musicien, et non pas le quidam
mal coiffé, mal habillé, mal lavé et malpoli
qui passe à la télé, en prime time. Délocalisez-vous,
ou envoyez des espions écouter les musiciens qui se produisent
dans la région ! Certes, la région PACA est le fief
de Loana, Jenifer, Priscillia ou Cécilia, mais nous avons
aussi des chanteurs et chanteuses !
Et dans la série des musiciens qui chantent juste et jouent
en direct, certains artistes des Talents du Sud m’ont époustouflé
!
Après avoir entendu Los Gipsy Reyes en soirée d’ouverture,
la deuxième soirée débute par la prestation
d’une ravissante petite jeune femme, Christina Rosmini. Grâce
à un mélange de chanson française et de sonorités
méditerranéennes, et entourée de cinq musiciens,
dont un accordéoniste et un guitariste surdoué ; elle
a fait naviguer le cœur du public entre Andalousie, Sardaigne et
… le Paris de l’Entre-Deux Guerres. Car la belle tient à
son style : chanson française aux accents méditerranéens.
Par conséquent, elle se rapproche plus d’Enzo Enzo que d’Alabina.
Outre ses indubitables atouts physiques, elle possède LE
petit plus qui fait d’une chanteuse une star : le charisme. La scène
est sa deuxième maison. Ca se voit et ça s’entend.
A peine remis de la prestation de Christina, je ne savais pas
encore que j’allais me prendre une autre claque. C’est alors que
débarque le groupe Juice. Les amateurs de trip-hop
étaient aux anges. J’avais parcouru le dossier de presse,
et j’avais un a priori positif sur ce groupe. En effet, comment
un groupe ayant joué au MCM Café, ou en première
partie de FFF, Macéo Parker, I am, Malka Family ou Le Peuple
de l’Herbe, pourrait-il être mauvais ?
Les cinq musiciens et la chanteuse, Lena, se mettent en place,
et là … Dès le premier morceau, le ton est donné,
une ambiance se créée, et le public accroche. Que
dire de plus ? C’est cinquante minutes de pur bonheur où
les guitares côtoient les platines, et la batterie flirte
allègrement avec les sampleurs. Moi qui avais peur que ce
soit de la « dark trip hop », je suis rassuré.
En fait, ça se rapproche plus de l’acid-jazz, et de groupes
comme Rad. Visiblement, le groupe est déjà bien rodé
à la scène. Le son est propre, et Lena dégage
une présence hallucinante…
Toujours dans la même soirée, voici une
artiste dont j’entends parler de plus en plus : Kitto. Et
je comprends maintenant pourquoi tout ceux qui l’ont vu ont été
subjugués. Alors que les deux chanteuses qui l’ont précédée
sont la sensibilité à l’état pur, Kitto est
une australienne qui s’affirme. En clair, elle ne verrait aucune
objection à faire un bras de fer avec un camionneur. C’est
lorsqu’on assiste à un concert de Kitto que l’on mesure la
nullité de certains labels français. Elle est, en
effet, une star dans son pays, l’Australie, ainsi qu’en Suède...
Mais en France ? Rien, nada, nothing… Bon, tout ça c’est
très bien, mais c’est quel style ? Bonne question jeune padawan,
c’est là où ça devient intéressant.
On ne sait pas. Pop ? Grunge ? Rock alternatif ? Folk ? Le mystère
reste entier… On l’a souvent comparé à Janis Joplin
ou Marianne Faithfull… Je pense que pour actualiser quelque peu
les étiquettes, il serait pas mal de la comparer à
Curt Cobain. La différence entre les deux est qu’elle n’est
pas psychotique et prend moins de coke. Par contre, les ressemblances
sont flagrantes, notamment au niveau du chant. Longtemps décrite
comme un « caméléon vocal », Kitto peut,
au besoin, changer totalement sa voix, passant de l’extrême
grave au suraiguë. Au début du concert, de loin, on
aurait pu croire que c’était un mec qui chantait. Par contre,
lorsque, malgré son rhume, elle a commencé à
« envoyer », le doute n’était plus permis ! Elle
a littéralement mis le feu au Noga Hilton, et certaines personnes
ont tellement apprécié le spectacle qu’ils sont retournés
la voir et l’écouter jeudi soir, au Cinéma Espace
Centre de Cagnes sur Mer. Pour réactualiser une fois de plus
les étiquettes, nous pourrions faire un parallèle
avec Alanis Morissette. Ce sont toutes les deux des filles, elles
jouent de la guitare, elles écrivent et composent, elles
n’ont pas la voix de la Callas, mais un timbre cassé que
j’adore, et sont signées sur des petits labels indépendants.
Alanis est sur le label Maverick, crée par Madonna, et Kitto
a monté son propre label, Whosjack, pour conserver sa propre
ligne artistique, et ne pas céder devant les majors. Son
dernier album, « Princess of Tragedy » est une pure
merveille. Pour être sûr de le trouver, visitez donc
le site en ligne de la fnac, www.fnac.com.
Le lendemain, mes oreilles ont été attirées
par le groupe Killkenny. Ce qui est bien, c’est qu’on ne
risque pas d’oublier un nom comme ça ! Il suffit d’aller
dans un bar, et de commander une bière, ou de regarder South
Park pour se rappeler d’eux. Influencé par la power pop californienne,
le répertoire de Killkenny se trouve à mi-chemin entre
Weezer et Blik 182. Le dossier de presse les décrit même
comme l’enfant illégitime d’un couple dont le père
et la mère se nommeraient respectivement « The Beatles
» et « The Ramones », cousin d’un « NoFx
», le tout buriné de lourd et puissants tempos. En
tant que fan inconditionnel et intemporel des Fab Four, je ne vois
pas de rapport avec les Beatles, mais bon… Comme il est de bon ton
de se dire influencé par eux… Autant le dire tout de suite,
j’ai craqué et j’ai adoré. Voilà, j’ai dressé
le tableau, je ne pourrai pas être totalement objectif !
Le groupe a sorti son premier album en Mai 2002, sur le label
marseillais Kosmic Associés. Cet album est distribué
par Mosaic Music. Depuis, ils suivent le réseau habituel
de beaucoup de groupes : forums fnac, playlist sur le Mouv et Oui
Fm, festivals pourris, La Maroquinerie, Le Divan un Monde…Rien d’original…
Ce réseau commence à être saturé, et
en plus, on retrouve les mêmes références dans
tous les dossiers de presse, donc, on n’y fait plus attention.
La différence entre Killkenny et les autres groupes, c’est
qu’ils ont joué sur la Croisette, pendant le MIDEM, et que
leur label était représenté pendant le salon.
En clair, leur manager rencontrait des professionnels à l’intérieur
du Palais, et invitait tous les contacts potentiellement intéressés
au concert du soir. Le groupe pendant ce temps ne s’occupait que
de leurs balances… Très bonne stratégie qui a permis
aux professionnels de découvrir le groupe en condition réelle,
en live. Gageons qu’avec de telles qualités musicales, les
choses vont s’accélérer quelque peu… Pour ceux qui
achèteront l’album, je recommande d’écouter les chansons
« I put a spell on you » et « Miniwinni ».
Des tubes en puissance !
Dernier groupe qui m’a tapé dans l’œil et dans
les oreilles : LoOp. Pour présenter ce groupe, commençons,
comme les mauvais journalistes, par copier le dossier de presse
: « LoOp est à la base un duo formé par Laurent
Kouby, batteur /pianiste/sampleur et Nicolas Dubrocard Dj/Sampleur,
formé fin 1998. Les morceaux sont crées en mixant
des samples et des enregistrements de mélodies jouées
par des musiciens. LoOp sculpte ses créations au gré
de ses influences ethno-vibes, jazz, musiques électroniques
et traditionnelles trip hop, afro, drum & bass, hip-hop. Leur
expérience au service de la recherche sonore en font des
artisans de l’électronique. Cette électro-acoustique
de LoOp est agrémentée de mix ethniques, de boucles
samplées et de transgroove instrumentaux : piano, multi-effet,
batterie, Dj, guitare, sampling, cuivres… » Voilà pour
la présentation du groupe. Après avoir changé
plusieurs fois de musiciens, le groupe actuel est composé
d’un batteur / pianiste (Laurent), d’un bassiste / guitariste (Didier)
et d’un dj (Nicolas). La chose remarquable est que dans beaucoup
de groupes, les samples sont déclenchés par le dj.
Alors que chez LoOp, les trois musiciens utilisent des sampleurs
et synchronisent en live les différents samples. Ce qui est
une performance ! En plus, le batteur passe au clavier, et le bassiste
joue aussi de la guitare. Vous l’aurez compris, l’intérêt
est aussi visuel.
D’ailleurs LoOp a longtemps utilisé un video dj qui projetait
des images pendant le concert. De plus, leur look attire forcément
les yeux. Ils ont tous les trois habillés en tenue de chantier.
Vous savez cette immonde salopette orange presque fluo… Manque plus
que le casque !
Une autre chose est remarquable : la formation est modulable.
Ainsi avant de jouer le soir au Noga Hilton, le groupe LoOp avait
un show case à la Fnac de Cannes (comme quasiment tous les
groupes programmés aux Talents du Sud). Ils y ont présentés
une formation « acoustique », c’est à dire sans
batterie. Les rythmes étaient déclenchés depuis
un clavier par Laurent.
Leur dernier album, « Entourloupe 3 », paru sous
leur label et distribué par Nocturne, est une pure merveille.
Restez à l’écoute car on va sûrement entendre
parler d’eux bientôt.
En conclusion, cette troisième édition des Talents
du Sud est un excellent cru. Beaucoup de styles musicaux ont été
représenté, du rock au jazz, en passant par la salsa,
le ragga, la trip hop, l’electro… La programmation artistique a
été sans failles. Gageons qu’on va bientôt entendre
parler de beaucoup de ces groupes.
Notons aussi qu’A Capella programme des concerts toute
l’année, principalement à Cagnes sur Mer (Cinéma
Espace Centre). C’est ainsi qu’à peine les Talents du Sud
terminés avait lieu une soirée pop-rock avec Intravagancia
et Kitto (le 23 Janvier), qui fut une belle réussite aussi.
Les prochaines dates sont : le 13 Février avec Los Babasons
et El Conjunto Massalia (soirée salsa) ; et le 17 Avril avec
Caligagan et Mister Gang (soirée reggae).
Pour être tenu informé des prochains concerts, ainsi
que des ateliers de sensibilisation à la musique organisés
par A Capella, visitez donc leur site : www.a-capella.org
Pour en savoir plus sur les activités d’A Capella, vous
pouvez lire l’interview de Philippe Delmas, en cliquant ici : www.ambfrance.com/actualites/capella.htm
Site officiel de Christina Rosmini : pas
encore. Pour tous renseignements, contactez A Capella : www.a-capella.org
Site officiel du groupe Juice : www.juicefamily.com
Site officiel de Kitto : www.listen.to/jane.kitto
Site officiel du groupe Killkenny : www.killkenny.info
Site officiel du groupe LoOp : www.loopsound.org