Sting : Sacred love (Polydor / Universal)
Après "Brand New Day", en 1999,
dans lequel Sting avait réussi le tour de force d'allier
de riches compositions à un son résolument moderne;
une tournée mondiale de plus de deux ans, dont le dvd "Live
at the Amphiteater" restitue fidèlement l'ambiance;
et un album live, "All this time", composé
de vieilles chansons complètement réarrangées,
enregistrées à l'occasion d'un concert privé
en Toscane, le 11 Septembre 2001, cela faisait donc cinq ans qu'on
l'attendait. Quoi donc ? Le nouvel album studio de Sting.
Autant être franc tout de suite, je n'ai pas aimé
du tout. Ce constat est d'autant plus difficile à établir
que je suis fan de la première heure (celle à laquelle
Sting priait Roxanne de ne pas allumer sa lumière rouge…).
Ayant connu toutes les "périodes" du sieur Gordon
Sumner, aka Sting, j'ai beaucoup de mal à comprendre celle-ci.
Par conséquent, il faudrait que l'on m'explique quelle mouche
a piqué Sting, qui, le pensais-je innocemment, était,
jusqu'à présent, uniquement capable du meilleur, et
non du pire.
Voici donc "Sacred love", annoncé quelques
mois avant par le nouveau single, "Send your love".
Du côté de la production, nous retrouvons une fois
de plus Kipper, présent depuis "Brand New Day",
sorte de gourou ayant flairé la bonne aubaine, et ayant fait
du pauvre Sting un pigeon capable d'avaler toutes ses théories
sur le "son moderne" (NDR : "Il faut utiliser
ce son pour plaire aux jeunes". "Tu vas voir, ta
chanson va passer en boite de nuit"…). Bon, en d'autres
temps, un certain groupe à la mode s'était aussi fait
avoir par un gourou pratiquant la méditation transcendantale,
et l'avait suivi jusqu'en Inde, ce qui avait modifié du même
coup radicalement leur musique … En clair, ça peut arriver
à tout le monde, même aux plus grands, ce n'est pas
très important. Si le son avait été le seul
défaut de cet album, j'aurais laissé courir…
Par contre, là où je ne suis plus d'accord de tout,
c'est que la qualité des chansons n'est pas au rendez-vous.
Un peu comme si Sting se sentait pressé de pondre un nouvel
opus, et avait oublié de composer de bonnes chansons. Passons
donc ce nouvel album en détails, de façon quasi-objective.
L'intro et le son d'"Inside" rappellent les
ambiances de "Brand New Day" et "Mercury
Falling". Le son est clair, défini et puissant.
Visiblement Sting a toujours autant de voix, ça fait plaisir
! Le titre rentre dedans, à grands renforts de cordes et
de chœurs. Je suis rassuré, il n'a pas trop perdu la main…
"Send your love" débarque, et là,
première surprise. La version qui passe en radio est le remix
dance. La version album est beaucoup plus plate, et, à vrai
dire, assez insipide. A mi chemin entre la dance et l'espagnolisant,
ça ne glisse ni vers l'un, ni vers l'autre. Ce n'est pas
assez dynamique pour être diffusé tel quel en boite,
et pas assez typique pour être taxé d'espagnolisant.
Avec "Whenever I say your name", Sting a voulu
poursuivre l'expérience r'n'b engagée avec Craig David
(avec la reprise de "Shape of my heart" devenue
"Rise and fall"). Pour cela, il a convié
une autre artiste à la mode, Mary J. Blige, pour l'accompagner
sur ce titre. Très agréable à écouter,
ce titre est un des plus réussis de l'album.
Dès le début, "Dead man's rope"
me rappelle les ambiances obsédantes de "Walking
in your footsteps". Cette chanson pourrait être sa
petite soeur, des années après. Pas étonnant,
alors, que Sting réutilise quelques phrases de "Walking
…" à la fin.
Avec "Never coming home", on perce le secret
: Sting veut faire comme Madonna ou Kylie Minogue, (re)plaire aux
jeunes avec un son dance plus moderne. Attention, ça commence
à se voir. Et évidemment, la chanson n'est pas top.
En plus, Kipper a réutilisé un gimmick de guitare
proche de celui, si reconnaissable, de "Bring on the night",
ou comment faire du neuf avec du vieux (NDR : 2 fois de suite en
plus…). Je zappe.
Le son de "Stolen car" me plaît beaucoup.
La façon de chanter aussi. Dommage que le refrain soit un
peu trop "facile" pour un artiste comme Sting.
"Forget about the future". A mi chemin entre
bluesy et rnb, le mélange est très bon. Les cuivres
old-school de la fin sont un peu datés, dommage.
"This war" démarre au quart de tour par
un orgue criard et une guitare saturée. Cette chanson est
une chanson type d'album, qu'on ne retient pas aussi facilement
qu'un single, et à propos de laquelle on se demande ce qu'elle
vient faire là. Décidément, cet album ressemble
de plus en plus à "Mercury Falling", qui
n'avait pas marché.
Ambiance soft avec "The book of my life", une
des plus belles réussites de l'album. Le son est aussi une
réussite : les rythmiques de tablas et riffs de sitar y côtoient
les sons occidentaux. On se laisse envoûter.
On termine l'album avec "Sacred love", titre
qui donne son nom à l'album, où les choeurs gospel
se mélangent aux orgues et autres guitares bluesy.
En guise de "bonus", on a droit à un remix de
"Send your love", qui n'est toujours pas celui
qui passe sur les ondes, et un "Shape of my heart"
écourté, tiré des sessions de "All
this time". C'est gentil, mais on ne voit pas ce que ces
deux titres apportent à l'ensemble. Peut-être veulent-ils
essayer de cacher que ce nouvel opus ne comporte que dix titres
? C'est un peu court, jeune homme ?
Un album bizarre, dont on ne se souvient plus après
écoute. Le son a (trop) changé. A deux exceptions
près, les chansons sont moins que moyennes et assez fades.
En fait, on a l'impression que Sting, en manque d'inspiration, essaye
de nous resservir un "Mercury Falling" pour voir si, cette
fois-ci, il va se vendre mieux. Dommage !
Site officiel : www.sting.com