The Jon Spencer Blues Explosion : "Plastic
Fang" (Labels / Virgin)
Ce qui est bien avec un album du Blues Explosion, c’est
que l’on n’est pas volé sur la marchandise. Entre le nom
du groupe et les titres des chansons (« Money rock’n’roll
», « Shakin’ rock’n’roll tonight »), on sait où
l’on va. Grimpez une série de « Go ! », tournez
après le centième « Baaabe ! » : vous
y êtes. Ou ça ? Quelque part au beau milieu des années
50-60, là où le calendrier de mister Jon s’est arrêté,
ainsi que ses lectures, vue la pochette façon comics d’horreur
cheap.
Heureusement, son subconscient, ou ses ingé-son et producteur,
n’ont rien perdu des évolutions qui permettent de tirer le
meilleur d’une voix ou d’un instrument. Du moment que celui qui
s’en sert y a mis toutes ses tripes. Si le rock décède
un jour, The Jon Spencer Blues Explosion prouve que ce ne sera pas
faute de trouver de nouveaux accords alambiqués, mais s’il
se police. Pas de danger du côté du trio
JSBE façonne un certain minimalisme furieux, lorgnant
sur le punk, qui fait taper du pied en permanence, à donner
des boutons à tout accro de low-fi (ou plutôt à
les faire éclater). Avec une voix de fin de soirée
trouble, entre les backstages et le caniveau, quand sonne l’heure
de vérité. Un chant sensuel, voire lascif, provocant,
entre Mick Jagger et Iggy Pop, parfois aussi très parlé
(« Hold on »).
Sans doute moins aventureux que dans un récent passé,
par exemple sur l’album « Acme », Jon Spencer ne rechigne
tout de même pas aux effets sur les voix et les guitares.
On se démène plus en pays de distorsion, d’échos
et de dissonance que de saturation. Révélateur : dans
la « thank list », le guitariste Judah Bauer remercie
le producteur Steve Jordan de lui avoir révélé
la puissance d’une rythmique tranquille déposée derrière
le rythme principal.
On sent aussi un groupe soudé, qui groove grave. On imagine
les dégâts en concert. Le titre de la galette («
Crocs de plastique ») fait figure d’auto-dérision quand
on sait comment le trio peut occuper une scène comme six
et les enceintes comme dix, Jon Spencer empoignant le micro, le
secouant comme s’il allait en sortir un diable, comme s’il allait
l’ingurgiter… comme aux plus belles heures du rock’n’roll qu’il
perpétue haut et fort.
Que ceux que les « oldies » rebutent ne prennent
pas peur. JSBE est, malgré tout, parfaitement actuel et accessible.
Ce qui n’est pas un mince exploit. Et sans doute capable de rassembler
autant ces nostalgiques des premières heures du rock’n’roll
que les amateurs d’énergie à la AC/DC ou, puisque
c’est désormais la tendance électrique du moment,
façon stoner.
The Jon Spencer Blues Explosion n’a pas inventé la dynamite
mais il sait parfaitement s’en servir et, planquez-vous, il vient
d’allumer une nouvelle mèche. C’me on! C’me on babe, c’me
oooooon!
Sortie single : Le 29 Octobre sortira le maxi "Shakin' Rock'N'Roll
Tonight"
Concerts :
05.11.02 : Lille (Aeronef)
06.11 : Nantes (Olympic)
07.11 : Bordeaux (Salle du Vigean)
12.11 : Lyon (Transbordeur)
13.11 : Paris (Bataclan)
Sites : www.matador.recs.com/bands/jsbx/index.html
(officiel)
http://listen.to/jonspencer (liste
de liens)
Merci à Labels qui a rendu possible
la rédaction de cet article…