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ALAIN SOUCHON :
« Au ras des pâquerettes »
C’est une fois de plus assisté par
son ami Laurent VOULZY, mais également maintenant par le
fiston SOUCHON (Pierre) qui avait déjà mis sa patte
à l’ouvrage dans l’album de 93 « C’est déjà
ça » avec «Le fil » - Charles (l’autre
fiston) s’occupe, lui, du site : www.alainsouchon.net.... -, c’est
donc en famille que notre Alain national largue son dernier opus,
l’air toujours aussi ahuri, à peine émergé
d’un autre système planétaire (cf. : l’indomptable
chevelure mousseuse, le rêve dans les yeux et la démarche
molle, élastique - en quasi-lévitation...).
Toujours inimitablement nostalgique et mélancolique,
La souche nous baigne ici dans un vent d’embruns froid, de soleil
blanc, de bestioles ailées et d’herbe coupée. Très
vert et grandes vacances, son oeil aiguisé s’en prend à
notre société laideronne et sinistre (pas à
la hauteur de son potentiel, décevante....), à ses
gâchis surtout - la pollution, la vogue, la bêtise,
l’indifférence, l’habitude, la misère, le progrès,
le modernisme, le luxe, les outrances.... Bref, pas gai tout ça
; mais un point de feu au loin, sorte de lampadaire dans le noir
des nuits vides, comme la lumière d’un phare (joli faisceau
clair entre les étoiles) : l’Amour ! Et même, Alain
“dictone” en page du milieu (la belle photo centrale de Stéphane
Sednaoui : divan jaune doré, dame maigre et nuageuse en robe
du soir noir et Souchon, pensif à côté, dans
une bergère royale d’un or coordonné), il “précepte”
voire “axiome” avec cette petite phrase très douce : “L’amour
toujours est un bon sujet, à cause de toujours”...
Alors que trois singles - « Rive gauche »
(texte et musique : Alain tout seul), « Tailler la zone
» et « Une guitare un citoyen » (toutes deux issues
du complot Souchon / Voulzy) - ont déjà contribué
à nous faire saliver au-dessus de l’album, je viens en rajouter
une couche ; et splatsh ! Car le tout, vraiment sympathique, mérite
un bon point et notre attention. Bien sûr, ça «
moulinette » un peu (comme le dit l’interprète lui-même
mais au sujet du seul titre « Rive gauche »), ça
tourne et ronronne sans stupéfaction ni cassure, mais bon...
Pourquoi casser ce qui va tout seul ? Après tout, on prend
bien plaisir à regarder tourner le linge à travers
le hublot d’une machine à laver !... Une fois posés
la rythmique et le riff, on continue à faire rouler la sauce,
incessamment, sans heurt. De fait, chaque morceau nous offre un
nouveau tour de manège à dos de canasson de bois,
d’une nouvelle couleur, mais qui comme l’autre grimpe et descend,
grimpe et descend, grimpe et descend...
Néanmoins, cette ambiance rengaine sied à
la perfection à la lourdeur poisseuse, malsaine et écoeurée,
à cette pesanteur, cette touffeur qui signent, entre tous
sentiments d’impuissance et de suffocation, l’atmosphère
Souchon - sans doute jamais si manifeste que dans « Le dégoût
» (Ed : RCA , 1978 ). Simplement, Souchon a vieilli et sa
colère d’antan, sa révolte se sont mues en une sorte
de sagesse résignée. Cela-dit, pas totalement désespérée,
sans quoi il ne chanterait plus... A quoi bon ? Et pourquoi faire
? Et pour quoi dire ? Et toucher qui ?... Bref, tout serait morose.
Mais lui non, et quoi qu’on en dise. Car la nature profonde de Souchon
est toute imbibée d’optimisme : il n’y a qu’à voir
comme il s’émeut devant les nuages ou la fraise, les sucreries,
les vagues, les papillons citron, les jupes courtes, la jeunesse...
(pour l’exemple, on retrouve Renaud LETANG aux commandes des mix.
; il avait 23 ans lors du dernier album, donc 30 maintenant ce qui
reste jeune, mais cette fois il s’occupe en prime des arrangements
et programmations, y collaborant avec le guitariste Franck PILANT.)
L’amertume n’a pas tué l’espoir : toute la poésie
et la légèreté ironique du baroudeur blessé
ont mystérieusement été préservées.
Une fantaisie veille au fond de lui en son état originel,
pur, édénique, idéal, inviolé... Tant
mieux si le meilleur résiste aux méchants hématomes
du sort.
Dix jolies mélodies vous attendent donc dans
cet album à l’esthétique parfaite (belle qualité
du papier brillant pour le livret, sobre et chic) - dix fleurs
tragiques, dont « Au ras des pâquerettes »,
le succès manqué du titre de l’album (dommage !...
elle l’aurait mérité) ; « Petit tas tombé
», le tristissime reggae des Souchon père et fils ;
ou la pianistique « Cartepilar » de Souchon seul, avec
notamment sa jolie phrase (innocente comme il sait les faire) :
« les filles nous font pas peur / parce qu’elles sont toutes
petites ». Le seul sentiment que ce CD nous laisse au fond,
c’est que tout est passé trop vite... « L’horrible
bye-bye », quoi ! Alors on y retourne. Et ça tourne...
Virginie.
B