Solidays : une colère qui t’en colle
deux (partie 1)
La première journée du festival
Solidays, qui s’est tenu ces 4 et 5 juillet sur l’hippodrome de
Longchamp, aux portes de Paris, a fait plus que tenir ses promesses.
Du site à l’organisation, de la cause ici représentée
au soutien apporté aux (et par…) les intermittents, de l’esprit
du public aux prestations des groupes: rien à redire (enfin,
si: merci!). Franchement, pour ne pas ressortir heureux de là,
il aurait au moins fallu l’annonce d’un concert surprise de Sarkozy’s
Big Band & the Keufmen. Résumons.
Le site : petite cuvette verte située près
de la porte Maillot, l’hippodrome est assez grand pour accueillir
quatre scènes sans qu’elles se marchent sur les amplis. Malgré
l’affluence, on trouve encore des recoins pour se vautrer. Quelques
manèges forains, deux grues pour faire du saut à l’élastique,
un village associatif au beau milieu (les stands restent bien garnis
tout au long de la journée) et, bien entendu, les incontournables
tentes de kebab-bière (et qui pratiquent des prix raisonnables,
au contraire de ce qui se passe sur d’autres festivals).
L’organisation : il faut tirer un énorme coup de
chapeau aux bénévoles de Solidarité-Sida qui
permettent le bon déroulement des opérations. Tout
est réglé comme du papier à musique, sans trou
entre les concerts (au contraire de ce qui se passe sur etc.). Et
on n’est pas cerné par les "gros bras" côté
sécurité (au contr… oui, bon, vous avez compris).
La cause : les jeunes en colère contre la loi du
fric et de ses flics, qui veut qu’on laisse crever des millions
de sidéens dans l’indifférence, ont naturellement
trouvé une deuxième raison de s’énerver, qui
rejoignait la première : la cause des intermittents du spectacle.
"En colère mais solidaires", ceux-ci ont
décidé de ne pas faire grève pour que le festival
ait lieu. Une vidéo consacrée à leur situation
a été diffusée au milieu du set de Ska-P.
Quant à la lutte contre le sida, on rappellera juste ces
quelques faits: 3 millions de morts par an (un toutes les 10 secondes).
Pourtant, les traitements existent. Trop chers pour 95% des 40 millions
de personnes infectées. Mais les labos qui détiennent
les brevets des médicaments refusent de les laisser produire
à moindre coût. Et le gouvernement américain
les soutien. Remarquez, on ne peut pas dire que la France fasse
beaucoup mieux, avec ses oboles symboliques au Fond mondial de lutte
contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Il existe un terme
pour décrire cela : "crime contre l’humanité".
L’esprit du public : Excellent ! Même les pogos
étaient sympas. La tendance était toutefois surtout
au "jumping" sur place.
Et la musique dans tout cela ? A l’image de ce qui précède.
Voici un petit résumé de la première journée,
orientée assez rock (chroniques complètes dans notre
édition du 14 au 20 juin).
Nada Surf. Mission toujours difficile que d’ouvrir un
festival… parfaitement accomplie. Le concert n’a cessé de
gagner en intensité pour finir en délire sur "Popular"
et la reprise d’Indochine "L’Aventurier". La formule du
power trio a le défaut d’être un peu statique mais
la qualité des chansons, à la fois très péchues
et très mélodiques, a emporté le morceau haut
la main.
Mickey 3D. Excellente prestation. Le groupe a semble-t-il
été étonné de la chaleur du public dès
le premier morceau… ce qui n’a pas empêcher l’intensité
de monter titre après titre. Temps fort avec leur tube "Respires".
Quand les mots "Ecoute-moi gamin…" commencent à
sortir des enceintes, la foule s’embrase.
The Music. Une très bonne surprise, à mi-chemin
entre The Who, The Verve et Deep Purple première période.
Leur présence scénique a trouvé son reflet
dans le public (assez mélangé entre "djeunz"
et spectateurs plus âgés) qui s’est donné, et
pas simplement sur les premiers rangs.
Les Wriggles. La plus belle et agréable (si, si)
baffe de cette première journée à mon goût.
Cinq voix, une guitare sèche et des textes à l’humour
ravageur (sur les fachos, les chasseurs et les petites choses de
la vie) dans un esprit qui se rapproche tout à la fois de
Brassens, des VRP et de… Charlie-Hebdo. Que du bonheur, avec
un soutien enthousiaste du public. Génial. A voir absolument
sur scène si vous en avez l’occasion et même si a priori
Les Wriggles n’entrent pas dans vos goûts musicaux (parole
de fan de métal!).
Ska-P. Les Espagnols annoncent la couleur (ska-punk, donc)
et ne volent pas le chaland. Des titres très engagés
(peine de mort, religion, guerre) qui ont fait sauter le parterre,
des premiers rangs jusqu’à 100 mètres en arrière.
Cette musique énergique mais très joyeuse est vraiment
l’idéal pour ce type de manifestation. "El pueblo unido
jamas sera vencido", qui a débuté leur gig, était
tout à fait à l’image de l’événement:
engagé et festif.
Les Wampas. "Didier Wampas est le roi" scande
le public avant même le début du concert. Et puis ces
punks sur le retour (mais retour fracassant !) ont mis le feu. Monsieur
Wampas est un showman exceptionnel. Une seule image: juché
sur une chaise, il est porté à bout de bras par le
public jusqu’au centre de la fosse, se met debout sur la chaise,
chante au milieu d’une marée de slams, tandis que le groupe
continue de mouliner rock’n’roll sur scène. Incroyable. Les
Wampas obtiennent enfin cette année la récompense
de toutes leurs années de galère et de succès
somme toute confidentiel. Une consécration amplement méritée.
Et quand le public s’est déchaîné en chantant
"Si j’avais le portefeuille de Manu Chao, j’irais en vacances
au moins jusqu’au Congo…" (vous connaissez la suite…), on nageait
en pleine folie.
Earth, Wind & Fire. Des bêtes de scène.
Et ils sont une douzaine dessus. Pas un temps faible. Explosion
du public à chaque morceau, et plus encore sur leurs tubes,
avec un petit medley pour se finir. De grands pros, avec présentation
intégrale de la formation en conclusion ("Ladies and
gentlemen…") et ovation du public en réponse. Encore
un concert très festif.
La Rue Ketanou. Gratte sèche et accordéon
: ce n’est pas ce que l’on appelle une configuration rock. Pourtant,
avec ses textes sensibles et tout en poésie, et surtout son
allant réjouissant, le groupe a blindé Le Dôme,
qui était seulement assez garni au départ. A noter
aussi leur remarquable attitude : à propos de la lutte des
intermittents, ils ont souligné que le meilleur moyen de
les aider à survivre était tout simplement de soutenir
les petites formations, au lieu de se vautrer devant la télé.
Et de citer une litanie d’artistes qui en valent le coup, en incitant
le public à aller voir leurs concerts. Chapeau!
Massilia Sound System. Ceux là savent vraiment
communiquer avec le public. Surtout qu’avec plusieurs chanteurs,
ils ont une liberté de mouvement qui permet d’haranguer facile.
Tournée de pastaga pour les premiers rangs, lancement d’une
farandole géante en final et petite mise en scène
à propos des intermittents (que l’on vous détaillera
la semaine prochaine) aussi simple qu’efficace : Massilia a frappé
fort. En montrant, aussi, que l’on peut afficher ses racines sans
nationalisme, sans fierté déplacée, puisque
les racines finalement ne servent qu’à s’étendre,
à aller vers l’ailleurs. Un très bon set. D’ailleurs,
le soleil est revenu de Marseille durant le passage de Massilia.
En résumé: que du très bon, que des groupes
qui assurent sur scène, en osmose avec l’état d’esprit
du festival et du public. Vos deux envoyés non spéciaux
d’Amb, qui découvraient l’événement, en sont
arrivés à la même conclusion lorsqu’ils se sont
retrouvés en fin de journée : crevés mais é-pa-tés.
Chroniques en détails de ces concerts et du reste au
prochain numéro…
-Jean-Marc F.