Interview de René-Marc Bini alias «
Quichotte ».
Depuis 20 ans, René-Marc Bini, alias « Quichotte
», composait des musiques de films(« Les nuits fauves
», « Les caprices d’un fleuve », « Liberté-Oléron
»…) pour le cinéma et la télévision.
Le 17 janvier, il a enfin sorti un album personnel avec sa propre
société de production Altynaï : «
Passing zone », un mélange d’univers musicaux
qu’il a croisé pendant ses multiples voyages.
Vous pouvez vous procurez ce disque uniquement sur le site
www.quichotte.com
. Allez voir, ce site est un bijou !
Elodie : Parlez-nous d’Altynaï…
Quichotte : J’ai monté Altynaï il y a 3 ans
pour réaliser les projets que j’avais envie de faire et que
personne ne me demandait.
Avant cette société, j’ai essayé de monter
plusieurs groupes mais c’est moi qui m’occupais de tout. Je ne faisais
rien signer à personne. Mais quand un des membres avait envie
de partir, le projet tombait à l’eau…
E : Pourquoi avoir choisi de commercialiser votre album
« Passing zone » seulement sur votre site ? Est-ce vraiment
un choix ?
Q : Oui, c’est un choix. Quand j’ai fait cet
album, j’ai voulu le faire exactement selon ma volonté. Je
sais comment fonctionne les maisons de disques et je suis arrivé
à un point où je n’ai plus envie de m’embarrasser
de tout ça. J’ai envie de faire ce que je veux. Après,
que ça plaise ou pas, c’est un autre problème. J’ai
donc monté la boite, mais pas tout seul. Je suis entouré
de plein de monde qui m’aide beaucoup, qui travaille avec moi…
Le disque terminé, j’ avais le choix : soit j’allais
voir les maisons de disque et je retombais dans le même circuit,
soit on finissait le travail (les pochettes..) nous même.
C’est ce qu’on a fait.
Internet est vraiment une chance pour des gens comme nous,
c’est vraiment un moyen de toucher directement les gens. Bien sûre
c’est loin d’être du tout cuit. Mais grâce à
ça, on peut sauter l’étape où des personnes
mettent de l’argent et vous disent ce que vous devez faire. C’est
surtout pour ça pour qu’on a choisi de distribuer notre disque
sur Internet. Ca risque peut-être de démarrer lentement
mais ce n’est pas si grave. C’est ça l’avantage !On ne va
pas enlever nos propres disques de la vente dans 2 mois comme le
font souvent les maisons de disques quand un album ne marche pas.
E : Sur votre site vous expliquez que vous travaillez
en alliant la musique, les images et les voyages..
Q : Oui. J’essaye de ne pas changer ma façon
de vivre pour faire de la musique. Je voyage beaucoup tout
en faisant de la musique avec pleins de gens différents
et je ne vois pourquoi je me mettrais à me déguiser
ou à faire semblant… c’est possible de faire de la musique
sans être obligé de ce mettre dans tel ou tel créneau
pour que ça marche.
Par exemple, dans l’album « passing zone », on entend
des voix que j’ai enregistré pendant mes voyages ou qui viennent
de bandes son de films pour lesquels j’ai travaillé pendant
mes voyages. Les histoires racontées dans les chansons parlent
de rencontres, de gens qu’on croise et à la fin de la chanson
on s’en va et on va vers une autre histoire…
E : Vous avez du poser votre sac pour faire cet album….les
voyages ne vous manquent pas ?
Q : Si, bien sûre ! J’ai tout le temps envie
de partir. Mais ce qui est bien, c’est de pouvoir partir en ayant
une partie de soi qui reste et ça peut être justement
le site.
Ce qui est intéressant aussi, c’est de défendre le
voyage pour les vraies rencontres. Dans mes futurs albums, je veux
faire des choses avec des gens d’autres cultures, sur leurs terres.
Aller à leur rencontre et faire quelque chose qui soit,
à chaque fois, différent.
D’ailleurs, on vient également de sortir un album instrumental
« Altinaï crossroad ». Cet album est le premier
d’une collection dont le principe est très simple : On rencontre
des gens, on improvise avec eux et si possible on filme. Ensuite,
on trie le tout. Si c’est intéressant, on fait un montage.
Puis je réécris les instruments, et des musiciens
jouent le morceau. Donc on continu le travail mais à partir
d’une base qui était complètement spontanée.
Et si ça peut se passer dans d’autre pays, c’est encore mieux
!
Moi je souhaiterai continuer à faire ça dans des pays
lointains, dans des zones non urbaines… m’installer, prendre mon
temps, rencontrer, faire de la musique ensemble, s’arranger pour
enregistrer, et en même temps raconter ce qui se passe pendant
qu’on fait tout ça. On ne veut pas juste ramener un
bout de musique, mais tout ce qu’il y a autour, l’aventure…
E : Qu’est-ce qui vous a donné cette envie d’allier
rencontres et musiques ?
Q : En 1997, j’ai tourné avec mon groupe dans un
film, Inca de Oro. Le tournage se passait dans le désert
du Chili et on est resté un mois et demi dans une maison
de mineurs complètement abandonnée. On a rencontré
beaucoup de gens là-bas et on a pu tourner pleins d’image
avec notre caméra DV. C’est suite à cette expérience
que l’idée m’est venue. Une fois qu’on y est c’est très
simple. Mais le tout c’est de se lancer. Et ce qu’il faut c’est
prendre son temps. C’est à dire voyager, chercher mais en
se disant que même si on ne trouve pas, ce n’est pas grave,
on aura fait un voyage quand même. Et un jour, ça marche…
E : Il faut faire du repérage….
Q : Oui mais du repérage humain.
E : Pourquoi avez-vous choisi le nom « Quichotte
» ?
Q : Je n’ai pas vraiment de réponse toute faite
! J’ai passé 8 ans à essayé de monter des groupes
où on devait tout partager. Ca n’a jamais vraiment marché,
pour des tas de raisons. Puis, un jour, je me suis remis à
écrire en essayant de comprendre pourquoi c’était
si dur d’avancer et j’ai écris en rigolant « j’en ai
marre de toujours me battre contre tout, tout seul » et ça
m’a fait penser à une scène de Don Quichotte. J’essaye
toujours de comprendre pourquoi telles et telles choses ne marchent
pas dans le monde…On me traite souvent d’utopiste mais comme dis
Théodore Monod, « L’utopie ce n’est pas ce qui est
irréalisable mais c’est ce qui n’est pas encore réalisé
».
E : Maintenant que tout est en place, vous comptez sortir
beaucoup d’albums j’imagine…
Q : Oui, on va faire le maximum d’album. Le site www.quichotte.com
est un label en fait. Le plus difficile est fait. La structure
est montée et maintenant c’est un travail quotidien de rencontre
avec les gens. On ne veux pas prendre l’acheteur potentiel uniquement
pour quelqu’un à qui on va soutirer de l’argent comme le
font la plupart des maisons de disques. Nous on fait même
exactement le contraire ! Notre site va évoluer sans arrêt.
Les gens qui veulent raconter un truc intéressant sur le
site pourront le faire. Bientôt il va même y avoir des
vidéos sur le site. Mais on a pas envie de faire des clips
vidéos formatés, on veut faire quelque chose d’original.
E : Imaginez que votre album cartonne…
Q : Je ne pense pas que ça cartonnera du jour au
lendemain. On aura le temps de voir venir.
E : Mais si ça marche et qu’on vous propose de
faire un clip et de vous distribuez ?
Q : Et alors ? Le mot « non » existe ! Non,
mais si ça arrive, je serais très content mais je
répondrais que j’ai une meilleure idée. Le problème
du clip c’est qu’il faut se mettre dans une file d’attente pour
être diffusé sur une chaîne. Et c’est très
bête ! Alors que moi je veux faire soit un documentaire, soit
un clip, soit une fiction sur mon site…je ne suis pas encore sûre,
mais au moins j’ai le choix !
Je pense que si on est sincère, cohérent et organisé,
quelque chose doit se passer. Je n’ai pas envie de faire semblant
d’être un autre. Je sais très bien comment travaillent
les maisons de disques et je n’ai aucune envie de faire parti ce
système.
« Passing zone » de Quichotte (production &
édition Altynaï). Sortie mondiale le 17 janvier 2002,
parallèlement au lancement du site qui en assure la distribution
exclusive : www.quichotte.com
Sortie simultanée de l’album « Altynaï crossroad
un » sur le site également.