Nice Jazz Festival : Tendances et évolutions…
Triomphe l'an passé avec un record de fréquentation
pulvérisé, et une presse unanime pour saluer la qualité
exceptionnelle de la programmation, le Nice Jazz Festival
se place dorénavant dans le peloton de tête des festivals
d'été en Europe. Un renouveau que l'on doit à
sa nouvelle productrice, Viviane Sicnasi, qui
a repris les rênes en 2001, et qui en assure, avec sa nouvelle
équipe, la direction jusqu'en 2003.
Dans le cadre majestueux de jardins de Cimiez à Nice,
le public a pu assister à plus de 120 heures de musique reparties
sur les 3 scènes du site. Cette année la programmation
a allié les nouvelles tendances du jazz (de l'electro-jazz
au hip-hop-groovy- jazzy) au traditionnel (free jazz, blues …).
Voici donc quelques moments choisis parmi cette folle semaine.
21 Juillet – Génération Gap (Le choc des
générations…)
Tiziano Ferro : Manque d'assurance…
J'étais curieux de savoir ce que donnait un concert de
Tiziano Ferro. Et bien, j'avais deviné juste… Encensé
en France grâce à son single " Perdono
", élevé au rang de successeur de Ramazzotti,
le petit Tiziano a beaucoup de progrès à faire !
En ouverture de ce deuxième soir de festival, sur la scène
la plus prestigieuse (la scène "jardins"); Tiziano
s'est agité pendant près de 50 minutes. A première
vue, il est très timide et très inexpérimenté;
à croire qu'il a peur du public ! A l'exception des traditionnels
phrases bateau du style "merci" ou "la prochaine
chanson s'appelle" (en français dans le texte), Tiziano
ne communique pas avec le public. Il s'évertue à bouger,
et à courir de long en large sur cette scène immense,
mais on sent que c'est trop mécanique pour être sincère.
Musicalement, il y a très peu d'intérêt.
Les morceaux rapides manquent de punch, et les slows sont ennuyeux.
Rajoutons à cela que le jeune Tiziano n'a pas la voix suave
et rauque d'Eros et vous aurez compris que Tiziano est peut être
bon à la radio, mais pas en concert. Le seul moment intéressant
est sans doute la reprise de la chanson " Falling ",
d'Alicia Keys. Etonnant non ? Pas tant que ça lorsqu'on sait
que Tiziano est un des seuls artistes italiens à avoir été
influencé par la culture afro-américaine.
De plus, Tiziano est dans la situation critique du "nouveau
chanteur". Le public ne connaît qu'une seule chanson
de lui (c'est normal, il n'a sorti qu'un single), et est venu pour
entendre cette chanson.
Une des explications à cette médiocre prestation
pourrait être que Tiziano Ferro n'était, initialement,
pas prévu au programme du festival. S'il a joué ce
dimanche, c'est uniquement parce que Luciano Dalla, un de ses compatriotes,
a annulé quelques jours auparavant. Il l'a donc remplacé
pour respecter le "quota" de chanteurs italiens. Il est
vrai qu'ici à Nice, l'Italie compte beaucoup. Comme Nice
est une ville mitoyenne de la frontière italienne, beaucoup
d'italiens font le déplacement. Il ne faut pas les décevoir…
La deuxième explication est que l'organisation du festival
l'a programmé sur la scène la plus prestigieuse, la
scène "jardins", en se basant sur le fait que son
single, " Perdono " cartonne en radios. C'est peut-être
un peu intimidant pour un jeune chanteur…
En conclusion : à qui la faute ? A Tiziano ? Je ne pense
pas. Il est en train de découvrir que chanteur est un métier,
et il se perfectionne. Il est en phase d'apprentissage, tout simplement.
Par contre, que l'organisateur l'ait programmé pour vendre
des billets à ceux qui ont apprécié le single
à la radio est déjà beaucoup moins excusable
…
St Germain : La victoire de l'electro-jazzy…
Après Tiziano Ferro, le public de la scène
"jardins" a augmenté comme par enchantement. Quelle
est donc la raison de cet engouement ? St Germain. C'est
le nouveau chouchou à la mode électro-jazzy. Entouré
d'un groupe groovy-jazzy comme il faut, il a littéralement
mis le feu aux jardins de Cimiez. La pelouse était noire
de monde, et au moins 70% du public de ce soir-là était
venu pour lui. Carton plein.
Un des secrets de sa réussite ? L'aspect intemporel de
sa musique. Le public était composé de jeunes qui
étaient intéressé par l'aspect "electro-sampling";
de moins jeunes, heureux que l'acid-jazz se soit développé
et revienne en force; et des gens entre deux âges, qui apprécient
St Germain pour son jazz modernisé. Ah non, j'allais oublier
la majorité du public : ceux qui viennent au hasard. Les
vrais amateurs de jazz qui viennent tous les soirs, ignorant quelquefois
la programmation, mais conscients qu'ils vont passer une bonne soirée,
en mangeant des sandwiches à 7 euros (!). Mais je m'égare…
Qu'est-ce qui fait l'intérêt musical de St Germain
? Une rythmique groove, des cuivres, des harmonies jazzy, et de
l'électro en pagaille; principalement des samples de voix
et de flûte… Et croyez moi. Quand ça joue, ça
ne fait pas semblant ! C'est du groove à l'état pur.
Le public était en feu, chantant, tapant des mains, criant
au besoin.
Car l'autre intérêt majeur, c'est le super groupe
qui accompagne St Germain. Pour ceux qui l'ignorent, St Germain
est un dj, planqué au fond de la scène, derrière
une gigantesque table de mixage. Comme il ne sait pas, et ne veut
pas dialoguer avec le public, le rôle en incombe donc à
son saxophoniste, qui à lui seul, met l'ambiance. Et lorsque
l'ambiance retombe, un solo du percussionniste fou réchauffe
la foule, et c'est reparti …
Air : En route pour l'odyssée seventies …
Pour terminer cette soirée comme il se doit,
l'organisation du festival a eu la brillante idée de faire
venir le groupe Air. Ceux qui aiment les sons seventies ont
été servis.
Au milieu des rhodes, synthés strings, ms20 et autres
vocodeurs se débattaient les deux versaillais en folie :
Jean-Benoît Dunckel (claviers) et Nicolas Godin
(guitare, basse, claviers, harmonica) entourés par 3 musiciens
(un batteur, un (troisième) clavier, et un bassiste-guitariste
qui alternait les instruments avec Nicolas). Pendant presque une
heure et demi, le public a voyagé au gré des ambiances.
Les amateurs de Pink Floyd (Dark Side of the Moon) Jean-Michel Jarre
et Kraftwerk étaient ravis. Du pur bonheur !
Air nous a donné à entendre des extraits de leur
nouvel album, 10 000 Hz Legend, mais aussi des vieux
morceaux datant de Moon Safari (" New star
in the sky ", " Sexy Boy " et "
Kelly watch the stars " en rappels), ainsi que leur méga-tube,
extrait de la BO de Virgin Suicides : " Playground
Love ".
Certes une (grande) partie du public s'est enfuie quand Jean-Benoît
a commencé à moduler les filtres de son ms20 pour
obtenir des sons à mi chemin entre le cri d'une mouette et
le cri d'une buse… (NDLR : Pour ceux qui n'ont pas compris cette
comparaison vaseuse, je précise que dans le public, on ne
fumait pas que des cigarettes…); mais les amateurs du groupe sont
restés. Ces derniers ont eu droit à une alternance
entre des musiques ambient-lounge, aux atmosphères obsédantes,
et des parties d'electro-pop-rock déjantées.
Dernier album: 10 000 Hz Legend (Source / Virgin)
22 Juillet : Electro-Techno-Trendy Jazz (Le jazz branché
au propre et au figuré).
DJ Cam : L'alliance musicien + dj…
La soirée du lundi était plus particulièrement
consacrée aux nouvelles tendances du jazz. Et ça commence
très fort sur la scène des "arènes"
avec Dj Cam. Première surprise : je m'attendais à
voir Nils Peter Molvaer sur cette scène et à cet horaire
(c'est en tout cas ce que disais le dossier de presse), et j'ai
dû attendre deux morceaux pour réaliser que les deux
artistes avaient inversé les horaires et les scènes
! Ok, je verrai Nils après, mais je reste, c'est de la bonne
musique.
Otons tout d'abord la mention "dj" attachée
au nom, afin d'éviter les quiproquos. Cam n'appartient pas
au courant techno mais hip-hop, comme il le revendique sur son site.
Cam est musicien avant toute chose. Il a appris le piano entre huit
et douze ans, il a écouté du jazz avec son père,
joué de la batterie, puis il est tombé au royaume
des platines. Grand amateur de Quincy Jones, il a composé
toutes les chansons que le groupe a joué ce soir-là.
Comme quoi, laissez tomber les préjugés ! C'est pas
parce qu'on est derrière une platine qu'on n'est pas musicien.
Sur scène, Cam (platines, claviers) est accompagné
par une brochette de musiciens talentueux : Daniel Roméo
(basse), Eric Legini (claviers), Guillaume Naturel (sax, flûte),
Alexandre Tassel (trompette), Robin Laurent (batterie).
Musicalement, si c'est ça le renouveau du jazz, je m'inscris
tout de suite ! C'est vraiment fabuleux ! En tant qu'amateur d'Incognito,
de Jamiroquai et autres Brand New Heavies, je ne peux qu'apprécier.
Personnellement, j'appelle ce style acid-jazz. Mais je croyais que
ça avait disparu, c'est vous dire si je suis content ! Une
base groove, des harmonies jazz, des scratches, et des musiciens
d'un sacré niveau, voilà la recette…
En ouverture de cette soirée, Cam a eu un immense succès.
Dernier album : The beat assassinated (1998.
Inflammable Records / Columbia)
Nils Peter Molvaer : La grande surprise venue du froid…
20h30 : direction la scène "jardins" pour écouter
Nils Petter Molvaer. Ce trompettiste norvégien est
la nouvelle valeur montante de la trompette dans les pays nordiques.
Le public était d'ailleurs venu en nombre pour le voir.
Un seul mot me vient à l'esprit : dé-jan-té.
Ah je ne m'attendais pas à ça; je dois admettre que
c'est assez déroutant. Voici donc la situation : sur scène
(côté jardin), nous pouvons voir deux mecs qui balancent
des boucles, des samples, qui scratchent, etc. A côté,
un bassiste qui ne joue presque pas de basse (merci la séquence
…), mais qui triturent ses effets pour obtenir des sons assez bizarres,
un batteur, qui joue par-dessus les boucles électroniques,
Nils, au milieu de la scène, et un guitariste fou (côté
cour) doté d'effets qui feraient pâlir Steve Vaï.
Pour lui, la situation est claire : la guitare n'est pas utilisée
pour la rythmique, ni pour l'harmonie (à quelques exceptions…),
mais pour la torturer jusqu'à obtenir des effets impensables
(merci Eventide). Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse infliger
une telle punition à une guitare. Mais honnêtement,
le résultat est à la hauteur du temps passé
à triturer (lui aussi) ses pédales et racks d'effets…
Musicalement, c'est très "ambient". Entre les
effets hypnotiques des samples, et les bruitages générés
par le guitariste, s'agite une trompette encore plus étrange.
La recette de Molvaer est simple : "une trompette, deux doses
de jazz, une dose de techno, une pointe de world music". Je
préfère m'arrêter là, car cette musique
est très difficilement transcriptible avec des mots…
A découvrir d'urgence le dernier album : NP3
(2002. Emarcy)
Troublemakers : Des accents de rave party …
Le dernier groupe que j'ai vu ce soir là m'a
époustouflé. Troublemakers est un groupe français
composé de 3 djs marseillais (dont un qui joue aussi des
claviers) qui ont cette particularité d'être signés
sur un label américain : Guidance .
Entre jazz, funk, électro, abstract hip-hop et house,
le concert est le reflet de trois démarches singulières
pour arriver à un mixage hétéroclite et pourtant
si homogène. Sur scène, nous pouvions voir deux djs,
un clavier, un sax (très bon !) et un flûtiste qui,
à ses moments perdus, chantait un peu comme un chien aboie…
Le public a très bien réagit à l'alternance
des atmosphères down-tempo et house. On se croyait presque
à une rave party !
Un des aspects les plus remarquables, c'est la projection d'images
sur un écran en fond de scène. Le spectacle est total
: son, lumières et images.
Dernier album : Doubts & Conviction (2001.
Guidance)
24 Juillet : Blueblood Blues (Les sangs bleus du blues)
Dr John : Du blues empreint de vaudou…
Depuis le début du festival, c'est la première
fois les jardins et les arènes de Cimiez sont noires de monde.
Il y avait des gens partout ! A croire que le blues fait encore
recette …
Et la soirée débute très fort avec le pianiste
de blues le plus célèbre de la New-Orleans : Dr
John. Aux premiers accords de " Iko Iko ", le public
devient fou. On peut expliquer ce phénomène de deux
façons :
Dr John est une légende vivante. Il a joué avec
les plus grands, et son nom figure sur des centaines de pochettes
d'albums.
Dr John a le "look". Il est habillé comme un
sorcier vaudou ("Dr John" est d'ailleurs le nom d'un personnage
mythique du XIXème siècle pratiquant le vaudou, prédisant
l'avenir et vendant des potions magiques), et s'entoure de toute
sorte de gris-gris et autres colliers…Car ce pianiste à la
barbe blanche ne cache pas être adepte du vaudou (Comme beaucoup
de monde à la Nouvelle Orleans). Il s'est forgé un
personnage à la fois mystérieux et fascinant, magique
et pourtant si commun. Que ceux qui ne connaissent pas les rites
vaudou regardent le film "Live and Let die", sorti en
1974…
Pendant plus d'heure, entouré de trois musiciens blacks
(basse, batterie, guitare), Dr John va alterner des chansons blues
plus ou moins rapides. A califourchon sur son tabouret, avec un
piano à sa gauche (jardin) et un orgue à sa droite
(court), il fixe le public et l'envoûte progressivement. Une
chose est sûre : ça a fonctionné. Le public
est conquis.
Dernier album : Anutha Zone
Jean-Jacques Milteau : Le retour en force de l'harmonica…
19h58 : Je me dépêche de rejoindre la scène
Matisse, sur laquelle va bientôt débuter le concert
de Jean-Jacques Milteau.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jean-Jacques Milteau est
le musicien français qui a réussi à rendre
ses lettres de noblesse à un instrument trop vite oublié
: l'harmonica. Lorsqu'un artiste français a besoin des services
d'un harmoniciste, c'est automatiquement à lui qu'on
fait appel. Résultat ? Il est partout. Chez Eddy Mitchell,
chez Michel Jonasz, et même chez Goldman…
Avec son humilité, sa bonne humeur et son sens de l'humour,
Jean-Jacques nous a diverti (dans tous les sens du terme, même
pascalien…) pendant plus d'une heure. Dès son entrée
sur scène, il lance au public très nombreux, amassé
devant la scène : "Qu'est-ce que vous foutez là
? Il y a Dr John qui joue. Moi si je pouvez, j'irais".
Dès que la musique commence, je m'aperçois que
le blues à l'harmonica est fabuleux, beaucoup plus qu'à
la guitare (à mon goût); mais je m'aperçois
surtout que dans le groupe, il n'y a pas de bassiste. C'est l'organiste
qui fait les basses à la main gauche (NDLR : Ray Manzareck
a ouvert la "porte" à ce genre de délire…).
Bel exploit !
Lors de ce concert je découvre aussi que Jean-Jacques
chante, et beaucoup mieux que certains "artistes" de maintenant.
Avec une voix légèrement éraillée, il
interprète deux chansons, et termine par une reprise étonnante
de " Gloria ", de Van Morrison (pas Jim, Van).
Le petit problème de ce concert, c'est la sonorisation.
Avec Dr John et Dave Stewart qui jouent sur la scène "jardins",
le pauvre harmonica de Jean-Jacques est très vite couvert.
Pour (encore) mieux communiquer avec le public, il tente quand même
un petit passage "a cappella", c'est-à-dire sans
micro… Mais lorsqu'il entend la sono de la scène mitoyenne,
il se met à se déhancher frénétiquement
et repasse vite derrière son micro… Décidemment plein
d'humour !
L'actualité de Jean-Jacques Milteau est hallucinante :
il est en tournée partout en Europe cet été;
et son dernier opus, Memphis, a été
enregistré aux légendaire "Studio Royal"
à … Memphis. Pour les amateurs de blues Memphis est le berceau
et le temple du blues; et le "Studio Royal" est l'endroit
mythique qui a recueilli les enregistrements des plus grands noms
de la soul (à la grande période de la Motown…), du
blues et du jazz…
Après le concert, direction sa loge pour une interview…
A suivre …
Dernier album : Memphis (Universal Music Jazz.
2001)
Popa Chubby : Le blues bien gras…
Après l'interview de Jean-Jacques, je reviens
vers le village presse, à côté de la scène
Matisse. J'avais beaucoup entendu parlé de Popa Chubby,
mais je ne l'avais jamais entendu, ni vu.
Tout à coup, alors que la sono de Dave Stewart (scène
"jardins") nous arrache les oreilles, j'entends un gars
fredonner la musique qu'on est obligé d'entendre (NDLR
: C'est un des inconvénients de ce festival, avec
trois scènes et trois concerts différents, en même
temps. C'est un peu le brouhaha…). Je vois alors débarquer
un molosse qui me faisait trois fois en hauteur comme en …largeur,
avec une guitare qui semblait être un jouet ! Jean-Jacques
Milteau nous avait prévenu. En présentant son guitariste
légèrement bidonnant, il avait lancé au public
: "Pour que le choc ne soit pas trop rude à
l'arrivée de Popa Chubby, je vous présente son porte-clé".
Enfin, ne nous arrêtons pas au physique, sinon l'industrie
du disque se limiterait à Britney, à David Charvet,
ou aux pouffiasses qui se font tirer dans une piscine, devant 26
caméras…
Popa monte sur scène, et là… On dit souvent qu'un
grand musicien se reconnaît dès la première
note qu'il joue. Je pense que nous sommes dans ce cas-là.
Durant plus d'une heure vingt, Popa nous débite un blues
à l'américaine : gras à souhaits. Le public,
très nombreux devant la scène Matisse, adhère
immédiatement. S'enchaînent alors des blues très
lents et d'autres aux rythmiques échevelées. Puis
Popa conquis définitivement la foule avec sa reprise de "
Walk on a wild side " de Lou Reed. Pour accrocher déjà
un public pourtant aux anges, il passe derrière la batterie
pour se livrer à un solo qui ferait pâlir bien des
amateurs de "poum-tchac".
Ultime surprise pour son rappel. Alors que je suis en train de
discuter des vicissitudes de l'ADAMI et de la SPEDIDAM avec Jean-Jacques
Milteau, Popa lui demande de venir boeuffer avec lui : "Tu
viens jouer avec moi ? Je fais un truc en Mi". Jean-Jacques,
en harmoniciste prévoyant a toujours une pochette pleine
d'harmonicas sur lui. Il se précipite sur la scène
et entame avec Popa un bon blues de derrière les fagots.
Voila comment ça se passe entre les grands….
Dernier album : Flashed Black (Popa Chubby Productions)
BB King : La légende …
Et en parlant de grands musiciens, il est l'heure d'aller
voir la légende vivante du blues. Deux lettres suffisent
à le nommer : B.B.
C'est LA tête d'affiche de cette soirée blues. C'est
pour lui que le public a afflué en nombre. Au village presse,
on nous avait dit que le dieu vivant n'entrait que scène
qu'au troisième morceau. Inutile de me presser me dis-je…
Erreur ! Les jardins de Cimiez étaient bondés, il
ne fallait pas être pressé d'avancer de deux mètres.
Entre deux stands de sandwiches, je trouve une place de choix :
j'ai juste le micro de BB dans mon axe. Je m'installe.
Le groupe commence. Il y a un son qui fracasse ! Après
des solos à rallonge de tous les musiciens, arrive le troisième
morceau. L'aboyeur hurle le nom de "B.B. King" dans le
micro, pour chauffer la foule, pourtant prête à exploser.
Ca y est, il arrive, accompagné de "Lucille", sa
fidèle guitare. La seule mauvaise surprise, c'est que ce
soir, la légende du blues va jouer … assis; ce qui déçoit
environ les trois quarts du public qui, tout comme moi, voyait tout
juste son micro. Enfin, B.B. est là, et bien là.
Dès la première note de Lucille, le public est
en délire. Dommage que le son de sa guitare ne soit pas top.
A presque 80 ans, B.B. King déclame haut et fier : "I'll
survive". Message à l'attention de ses détracteurs
qui aimeraient bien qu'il cède la place de dieu vivant du
blues.
Pendant près d'une heure et demi, le blues va être
encensé. Je lâche mon stylo et j'écoute…
25 Juillet : Dance (Teuf !)
Je suis étonné par l'absence du public. Les
jardins de Cimiez sont quasiment vides lorsque le premier concert
de la soirée débute. Pourtant, la soirée est
annoncée comme une soirée "Dance"…
Tiken Jah Fakoly : Reggae roots…
Sur la scène "jardins" était programmé
le fils spirituel d'Alpha Blondy : Tiken Jah Fakoly. Les
musiciens étaient vêtus de vêtements aux couleurs
chatoyantes (c'est un euphémisme) rappelant l'Afrique, et
dès le premier accord, tout le monde était fixé
et les amateurs de reggae étaient ravis.
Après avoir été annoncé, telle une
légende du reggae, par son aboyeur, Tiken Jah déboule
sur scène dans un costume rappelant étrangement une
peau de loup… Entouré de 3 cuivres, une rythmique complète
et 2 choristes, la communion commence.
J'ai toujours été étonné de voir
qu'on peut faire des morceaux de 10 minutes sur 2 accords. Le public
reste froid, et pour cause : il n'y a aucune communication entre
l'artiste sur scène, et eux, en bas…Dommage. C'est peut-être
pour cela que beaucoup de gens s'en vont. Ou peut-être est-ce
dû au fait qu'on ne comprend pas les paroles. Certes c'est
du français, mais prononcé assez bizarrement. On ne
comprend qu'un mot sur quatre…
Pour conclure, rien d'extraordinaire en ce début de soirée.
Dernier album : Françafrique (Barclay)
Sanseverino : Digne héritier de la chanson française
Sur la scène Matisse se débattait Sanseverino,
la nouvelle vedette montante de la chanson française. Entouré
d'un guitariste, d'un batteur, d'un contrebassiste, d'un accordéoniste
et d'un violoniste, Sanseverino (guitare, chant) nous a donné
à entendre un répertoire jazzy / musette / guinguette.
Celui qui s'inscrit dans la lignée des chanteurs français
à textes (Brel, Brassens, Trenet, Ferré …) est vite
devenu une valeur sûre. Même si ce n'est pas ma tasse
de thé, je suis forcé de reconnaître que le
public n'était peut être pas nombreux, mais été
conquis. Bel exploit, car ce style de musique en laisse froid plus
d'un…
Dernier album : Le tango des gens (Saint George
/ Sony)
Sister Sledge : Une leçon de groove …
Le public s'était fait plus nombreux aux alentours des
20h30 pour accueillir comme il se doit Debbie, Joni, Kim et Kathy,
les mythiques Sister Sledge. Celles qui, dans les années
70, ont été produites par Chic étaient tombées
dans l'oubli jusqu'à un certain jour noir de l'année
dernière. C'est en effet après les attentats du 11
Septembre que leur tube interplanétaire, " We are
family ", a servi de cri de ralliement à une Amérique
blessée.
Depuis, les 4 sœurs ont retrouvé le chemin de la scène
pour offrir un best of du disco pendant plus d'une heure. Et croyez
moi, elles ont encore la pêche ! Le seul petit défaut,
c'est qu'elles sont arrivées en retard sur scène (les
musiciens ont glandouillé plus de 15 minutes sur scène,
face au public), et qu'en plus, leurs tenues de scène rappelaient
un peu les tenues des p*** du Queens ou de Brooklin… Elles ont mis
un peu de temps à se chauffer, au début les chœurs
étaient faux, mais quelques minutes plus tard, c'était
oublié….
Ce qui est hallucinant, c'est que le public croyait connaître
toutes les chansons. Pas étonnant ! La chanson " He's
the greatest dancer " (le premier tube des Sister Sledge,
en 1979) a été samplée par Will Smith pour
" Gettin' jiggy with it "; la chanson " All
American Girls " a été samplée par
Mousse T pour le tube de Tom Jones : " Sex Bomb ";
et la chanson " We are family " (reprise en chœur
par le public) est le tube qu'on connaît… Si l'on rajoute
à cela les trois reprises : " Roots " d'Incognito,
" Ribbon in the sky " de Stevie Wonder (magnifique
interprétation des 4 sœurs…), et surtout, " Good
Times " de Chic, en rappel, on obtient la recette du succès
: faire du neuf avec du vieux.
Et les Sister Sledge n'hésitent pas à faire de
l'humour. Ainsi à la fin de " Good Times ",
le percussionniste passe derrière la batterie, et le batteur
vient faire du rap devant la scène. Que chante t'il ? "
Rapper's Delight " que le groupe SugarHill Gang avait
lui-même samplé sur Chic. La boucle est bouclée…
Concert grandiose !
Dernier album: The very best of Sister Sledge 1973 –
1993 (Rhino / Wea. 1998)
Yannick Noah : Rastaman Vibrations …
Pour boucler cette soirée, nous avons droit à
un concert du plus camerounais des français (ou inversement)
: Yannick Noah. Nous ne reviendrons pas sur son passé
de sportif de haut niveau (comme il se plaît à le rappeler
sur scène), ni sur les liens qui l'unissent à Nice
(ville dans laquelle il a commencé le tennis dans une section
sports-études), mais nous nous intéresserons à
son présent de chanteur.
Yannick est le seul sportif a avoir réussi une reconversion
musicale (on se souvient des exploits de John Mac Enroe à
la guitare…), et visiblement, ce nouveau métier lui va très
bien. Ma première réaction est l'étonnement
: il chante bien, il a une belle voix, et surtout, il chante juste
(ce qui n'est pas donné à tout le monde, surtout en
France…). Lui n'est pas passé par toutes ces académies
du chant, mais pourtant, il travaille avec les plus grands : Jean-Jacques
Goldman, son frère, Robert (Jean Kapler), Erick Benzi …
Sur une scène décorée aux couleurs de l'Afrique
(avec deux gros masques tribaux), Yannick est accompagné
par deux percussionnistes, un batteur, deux claviers, un bassiste,
un guitariste et trois choristes. Vu le succès qu'ont rencontré
tous ses singles, on a donné les moyens à Yannick
pour travailler dans d'excellentes conditions.
Attendu de pied ferme par un public plus nombreux qu'au début,
Yannick chauffe progressivement la foule (il ira même jusqu'à
la côtoyer de très très près), jusqu'à
son dernier tube : " Jamafrica " qui prend tout
son sens en live. A partir de là, les ambiances reggae, calypso,
afro-cubaines s'enchaînent. Les gens connaissent tous les
tubes : " Les lionnes ", " La voix des
sages " (repris en chœur par le public), mais tout le monde
attend la même chanson. Celle que Yannick a sorti en 1990,
qu'il a chanté en 1991, lorsque l'équipe de France
de tennis remporte la Coupe Davis : " Saga Africa ",
véritable extrait de bonne humeur en barre.
Suivent les rappels. Le public, chaud comme des braises, entonne
" Simon Papa Tara ", la chanson que Yannick a dédicacé
à son grand-père. Alors que les gens s'apprêtent
à partir, Yannick veut rester. La communion entre lui et
le public est réelle, et pour le remercier, il reprend une
chanson de Bob : " Redemption Song ", accompagné
de ses choristes et du guitariste uniquement. Puis, pour terminer,
il nous livre la chanson " Oh rêve ", qui
est une version modifiée de la Marseillaise. Les paroles,
écrites par Yannick, font l'apologie du pacifisme. Belle
leçon de morale pour clore le spectacle…
Dernier album : Yannick Noah (Saint George /
Sony)
Au terme de ce festival, il est temps de faire le point. D'après
ce que je me suis laissé dire, l'affluence était moindre
par rapport à l'année dernière. Il est vrai
que la programmation était le point de mire de beaucoup de
gens. Cette année, il n'y avait pas de juste milieu : soit
on a aimé, soit on a détesté.
Points négatifs :
- Les reprogrammations de dernière minute qui en ont dérouté
plus d'un. Ainsi St Germain était prévu le lundi,
et a joué la veille, le dimanche. Le problème c'est
qu'une majorité du public l'ignorait, et est venu lundi.
Résultat ? Déception.
- La puissance sonore. A croire que les organisateurs voulaient
sonoriser une rave-party ! Ce serait bien de ne pas oublier que
la clientèle mélomane n'est pas encore sourde…
- Les concerts se chevauchent… Il est impossible de tous les
voir en entier. Dommage…
- La programmation… Qui est beaucoup moins jazz que les années
précédentes. Les seuls dignes représentants
étaient Dee Dee Bridgewater, Joe Zawinul, ou Kenny Garett.
- Il n'y a pas de sièges !
Points positifs :
- La programmation… Un seul mot "ouverture". Ca fait
plaisir de voir que le jazz n'est plus figé, et surtout,
n'est plus une musique élitiste.
- L'ouverture aux nouvelles tendances du jazz. Avec une programmation
résolument tournée vers les musiques électroniques
qui semblent sonner le glas du jazz traditionnel, et être
le renouveau du jazz français. Tant mieux ! Le public a préféré,
de loin, les nouveaux artistes (Dj Cam, Troublemakers, Saint Germain
ou, dans d'autres styles, Popa Chubby ou Yannick Noah), à
la vieille école. Tant mieux !
Sites officiels :
Tiziano Ferro : www.tizianoferro.com
St Germain : www.bluenote.tm.fr/french/stgermain.html
Air : www.10000hzlegend.com
Dj Cam : www.sonymusic.fr/djcam
Nils Peter Molvaer : www.nils-petter-molvaer.com
Troublemakers
: www.troublemakers.fr
Jean-Jacques Milteau : jjmilteau.free.fr
Popa Chubby : www.popachubby.com
B.B. King : www.bbking.com
Sanseverino : http://www.sonymusic.fr/sanseverino/sanseverino/pages/bio.html
Yannick Noah : www.yannicknoah.com