Jeane Manson
Vous êtes Américaine, née au Mexique...
Qu’est-ce qui vous a poussée à vous installer en France
?
Plusieurs choses. Déjà, j’ai vécu douze
ans au Mexique, j’ai grandi là-bas, je parle Espagnol ; j’ai
été imprégnée par la musique mexicaine.
Ma mère était chanteuse, donc elle est partie à
Los Angeles pour essayer de faire carrière. Tout était
plus difficile, elle s’occupait plutôt de ses enfants que
de sa carrière (rires)...
Et puis, moi, très jeune, je voulais faire
du cinéma, et éventuellement de la chanson ; et j’ai
travaillé chez MGM Studios, pour les cours, j’ai travaillé
chez Strasberg... Lee Strasberg, et plein de différentes
choses... Mais Los Angeles c’était pas vraiment ça,
et ma belle-mère - d’un second mariage avec mon père
-, étant française, j’ai toujours été
très attirée par l’Europe.
Ensuite mon père est parti du Mexique pour
vivre en Espagne, et je voulais le voir, le suivre, vivre un peu
en Europe... J’aimais le cinéma français, le cinéma
italien, et je voulais essayer de tenter ma chance en là-bas.
J’ai pris ma valise, j’ai tout vendu en Californie
- après avoir fait deux-trois films : ça ne me satisfaisait
pas - : il fallait que je fasse autre chose. Je suis allée
d’abord en Italie, où j’ai rencontré de nouvelles
personnes, des agents, etc... Mais ça n’allait pas assez
vite. Et l’Italie, ça ne marche pas toujours très
bien, les téléphones ne marchaient pas bien... C’était
un choc culturel pour moi.
Donc un jour je suis venu en France, j’avais un ami
- qui était un ami de mon père - qui m’a accueillie
chez lui, et qui m’a dit : « Si tu veux faire quelque chose,
essaie de le faire ici. ». J’ai vite rencontré des
gens du cinéma : j’étais en fait venue pour cinq jours,
et je suis restée. Parce que les choses commençaient
très vite : trois semaines après mon arrivée
j’avais rencontré Alain Marouani, de chez Barclay. Il m’a
mise sous contrat trois semaine plus tard, et encore six semaines
après je chantais en première partie de Sacha Distel...
Les choses allaient vraiment très rapidement
: j’ai fait un film... deux films la première année,
et neuf mois plus tard je rencontrais Jean Renard... Donc les circonstances
de la vie, les choses... peut-être parce que j’étais
américaine, blonde, et que je ne connaissais rien de rien
en France, ont fait que les gens ouvraient leur porte plus facilement.
Et puis, après, on a sorti ma première
chanson avec Jean Renard au MIDEM 1976, et quatre mois plus tard
on avait vendu un million de disques... Il était donc difficile
pour moi de repartir ! (Rires)
Mais quand vous êtes arrivée en France...
... un peu par hasard...
...vous saviez déjà faire pas mal de choses
: jouer la comédie, chanter, danser... Vous étiez
assez polyvalente...
J’ai beaucoup appris ici. Surtout ici, parce que... Bon, le problème,
c’est que dès que j’ai eu ce grand succès dans la
chanson, c’était fini pour le cinéma, c’était
quelque chose de triste pour moi. Avec mon accent - que j’ai toujours
-, le cinéma m’a boudée, parce qu’il ne me voyait
pas dans les rôles français ; ce qui est assez normal
mais un peu frustrant et triste pour moi.
Après
c’est le théâtre qui m’a ouvert ses portes, même
avec mon accent. Voilà... Quelle était la question
? (Rires)
La question était de savoir si vous aviez envisagé,
outre le cinéma, une carrière musicale, ou si c’était
seulement un hasard...
C’étaient certaines opportunités : je voulais tout
tenter. La danse, c’est venu plus tard, j’ai travaillé la
danse en France, pas en Amérique - ce qui est mon plus grand
regret, parce que je pense qu’il faut apprendre à danser
beaucoup plus tôt dans sa vie -, donc c’était plus
difficile pour moi... Mais j’aimais ça, j’allais à
mes cours tous les jours ; mes cours de chant aussi, que j’ai continués
en France ; j’ai poursuivi les cours de chant en opéra, parce
que c’est une musique que j’ai toujours aimée. La comédie,
bon... ça s’est un peu arrêté, même alors
que je continuais à rencontrer des gens. Et puis cinq ou
six ans plus tard, j’étais sur scène : donc j’ai pu
faire toutes ces choses.
Et vous écrivez des livres...
(Rires) Oui ! Mais ça c’est peut-être aussi parce
que mon père étant écrivain, il m’a donné
ce don... Ma mère, elle, m’a donné le don de chanter,
et puis... il faut avoir la force et la persévérence
de continuer dans ce métier qui est très difficile,
et avoir le plus de... comment dire... le plus de communication
; la communication pour moi... c’est pour ça que j’aime internet,
parce qu’on peut communiquer avec le reste du monde, ne pas rester
en France.
Mon
problème, ç’a toujours été qu’il était
difficile pour moi de sortir des frontières, parce que tout
était en Français ; et jusqu’à aujourd’hui,
on refuse de me laisser chanter en Anglais : « Non, le public,
il veut pas »... Même en gala c’est difficile de chanter
trop de chansons en Anglais, parce qu’il faut communiquer, et que
j’ai une étiquette de chanteuse française...
Dans votre dernier livre, « Prières d’Amour »*,
vous vous confiez en quelque sorte au lecteur : qu’est-ce qui vous
a amené à l’écrire ?
Je ne me confie pas... je me confie plutôt à Dieu,
et à travers Dieu à différentes personnes...
Je pense que, en fait, on a presque tous les mêmes problèmes,
on est tous des êtres humains, on est tous faits pareils,
on a tous les mêmes interrogations - même si on ne se
pose pas les questions de la même manière - ; je pense
qu’on traverse la vie avec du bonheur, de la souffrance, de l’espoir...
Mes prières sont simples, dans ce sens où,
quand je traverse des moments de doute ou des moments de bonheur,
je vais directement à la source sans passer par les dogmes
de la religion, directement à l’interlocuteur qui est pour
moi Le Créateur. Et avec de la prière, qui est pour
moi une sorte de méditation, je parle à Dieu et quelque
part, j’ai mes réponses en moi : c’est une sorte de psychanalyse
si on veut le regarder de manière plus terre à terre,
de façon cartésienne - parce que les Français
sont très cartésiens...
Mais sinon
c’est un envol vers l’abstrait, vers l’inconnu pour avoir les réponses
qui peuvent nous permettre de mieux nous diriger sur notre route,
sur notre chemin individuel. C’est vrai que la prière est
individuelle, c’est pour moi quelque chose qui ne se dévoile
pas, mais j’ai voulu les exprimer à travers la poésie,
et montrer aux gens peut-être une manière de se soulager
, de se réjouir de leur vie.
Parmi toute ces activités, qui sont toutes des activités
artistiques, laquelle préférez-vous finalement ?
Laquelle je préfère ? Bon, j’adore chanter : c’est
le souffle de la vie, pour moi c’est quelque chose de très
abstrait qui m’a été donné... Un cadeau de
Dieu, je crois. Donc peut-être ce sera... c’est comme ça
que je gagne ma vie, donc j’espère continuer le plus longtemps
possible.
Mais en même temps, j’ai conscience
aussi qu’il faut laisser la place aux jeunes : moi, je ne vais pas
aller faire de la musique Rap, c’est pas mon genre, et comme on
n’écoute que ça, c’est plus difficile pour moi. Donc,
j’espère aussi pouvoir aller plus vers le théâtre,
jouer au cinéma plus tard... Et continuer à écrire.
Et monter mon cheval ! (Rires) Voilà !
Beaucoup de gens vous ont aussi appréciée comme
animatrice télé...
Oui, oui... Mais je ne vais pas aller les chercher, à
la télé : les opportunités viennent ou pas.
C’est difficile d’aller chercher un... C’est très frustrant
quand on est animatrice et qu’on ne peut pas vraiment faire son
vrai métier : moi, je préfère être artiste
plutôt qu’être animatrice.
Pouvez-vous nous parler de votre expérience musicale
avec les chœurs de l’ex-Arrmée Rouge ?
Euh... déjà, c’est une expérience incroyable,
parce que c’était assez inattendu que... l’Ouest s’ouvre
à l’Est, et qu’il y ait une communion musicale entre les
deux pays... Pour moi, c’était peut-être le plus grand...
défi que j’aie pu faire dans ma vie.
Ensuite,
j’ai chanté dans des églises, chose que j’ai toujours
vraiment voulu faire, et j’ai commencé à chanter de
l’opéra, autre souhait accompli : et toutes ces expériences
réunies, c’était comme un rêve...
C’était
difficile, c’était un pari ; je n’ai pas bien gagné
ma vie, mais c’était pas grave : c’était peut-être
simplement l’art pour l’art, cette fois-ci...
Lorsque vous avez sorti votre album de musique Country, comment
a-t-il été reçu par le public ?
Eh bien, je trouve que ma maison de disques a très mal
travaillé l’image que ça pouvait amener, parce que
la plupart des gens ont cru que j’allais chanter de la Country "western",
comme dans les films de Sergio Leone, et c’était pas du tout
ça (rires)...
La musique Country en Amérique
aujourd’hui a beaucoup évolué : quand j’ai fait ce
disque, ce genre était vraiment en plein "boom",
c’était les disques qu’ils vendaient le plus là-bas.
On en a eu la preuve avec Shania Twain qui est arrivée ici
en France ; j’avais chanté deux des chansons de son album,
qui sont passées inaperçues parce que la maison de
disques n’a pas su vraiment mettre ça en avant correctement.
Voilà.
C’est dommage : c’est un de mes albums
préférés, que j’aime écouter aujourd’hui...
C’est purement une question de gestion commeriale, en somme...
Oui, oui, ils ne savaient pas... En plus les médias ne
savaient pas à quoi s’attendre, et puis... je n’sais pas...
Je pensais que j’allais donner avec cette musique un cadeau au public
français plutôt que de le faire fuire, parce que c’est
une très belle musique, que j’ai mise tout en Français
en plus...
La preuve aujourd’hui c’est que ça
marche plus... Moi j’ai été un peu "précurseur"
dans ce domaine-là...
Et, à votre maison de disques, ils ne se sont pas dit
justement, quand ils ont vu arriver Shania Twain, que c’était
peut-être le moment de faire quelque chose ?...
Ah non ! Non... J’aimerais bien qu’ils pensent comme ça,
dans les maisons de disques aujourd’hui ; mais ils ne pensent pas.
Et puis je ne suis pas la seule à qui ils pensent (rires),
et on est un peu noyé avec toutes les autres choses.
Aujourd’hui, les maisons de disques ne font pas de prévision,
ils font les choses au coup par coup, et pas pour la carrière
d’un artiste. C’est à l’artiste de se débrouiller
; c’est pour ça que l’Internet est intéressant...
Et aujourd’hui vous avez un projet d’album Gospel...
Oui : euh, curieusement... bon, moi, j’ai jamais vraiment chanté
le Gospel sauf la chapelle d’Harlem ; et puis j’ai rencontré
un groupe à Rouen, qui chante des Gospels. Ce sont des Français,
blancs, avec un monsieur qui s’appelle Jean-Paul Gouri, qui est
un grand adaptateur de la Gospel Music, et qui est un arrangeur
extraordinaire pour tout ce qui est chant choral. Et il m’a demandé
un jour de venir chanter avec eux. On l’a fait dans une petite église,
en Normandie où j’habite, dans un lieu qui s’appelle Saint-Martin
- je suis présidente de l’association qui s’occupe de la
rénovation de cette église.
Je suis
donc allée chanter avec eux le Gospel. Et puis, petit à
petit, on s’est vu encore, on a refait une scène ; ça
marchait vraiment très bien - ça fait peut-être
quatre-cinq fois que je travaille avec eux.. Et quand je parle avec
les maisons de disques, tout le monde est assez intéressé
par le Gospel, contrairement à ce que je pensais car tout
est en Anglais justement (rires); mais la Gospel Music marche en
France, il n’y a qu’à voir tous les spectacles qui se montent...
Alors je ne veux pas faire la même chose
que Nicoletta, elle a sa façon de faire du Gospel - d’ailleurs
je n’ai pas écouté son disque... Je vais surtout faire
des chants assez traditionnels, en ajoutant peut-être une
ou deux nouveautés pour les gens. Voilà...
En plus de cela, c’est une musique qui vous correspond : vous
êtes quelqu’un d’assez mystique, vous aimez bien ce qui...
Oui, parce que ça permet de précher un peu l’Amour
! (Rires) L’amour et Dieu, et le bonheur, et... quand les gens sortent
de la salle, ils sont métamorphosés, ils oublient
leurs soucis, ils viennent pour chanter « Oh Happy Day »,
parce qu’ils se sentent heureux à l’intérieur... Ça
veut dire que la musique, que les paroles peuvent ouvrir les cœurs
et enlever les soucis des gens.
Et ça c’est
peut-être ma mission, mais... Pendant une heure, j’aime faire
ça, parce que c’est un contact extraordinaire.
Indépendamment de la musique, vous avez une véritable
passion pour le cheval...
Oui ! (Rires) Depuis mon adolescence ; j’ai toujours
été très attirée par cet animal noble,
comme je l’appelle, et j’ai toujours rêvé d’avoir des
chevaux chez moi, avoir un grand ranch. C’est difficile pour l’instant,
parce que je continue à travailler à ma carrière,
et c’est dur de faire les deux : ça prend beaucoup beaucoup
de temps, il faut monter le cheval tous les jours, il faut le travailler...
Il faut s’en occuper, c’est un job 24 heures sur 24 aussi.
Donc je fais selon mes moyens - c’est vrai que je
monte tous les jours pratiquement - mais en même temps, j’essaie
de créer quelque chose dans le spectacle, pour pouvoir travailler
le chant et l’équitation en même temps : je fais des
spectacles de "haute école", de dressage, et en
même temps du "cirque" avec mon cheval, en fait
je chante à cheval, voilà. (Rires)
Et vous faites cela uniquement sur votre région, ou
est-ce que vous tournez avec ces exhibitions ?
Non, je travaille dans le sud de la France, j’ai travaillé
à Maussane, au centre d’équitation de Mossane, avec
Joël Laugier, et on a fait des spectacles. J’ai travaillé
dans ma région, bien évidemment, dans le centre de
la France avec un grand dresseur de chevaux qui s’appelle Jean-Yves
Bonet et qui en même temps fait une grande manifestation qui
s’appelle « La Route de Sel », tous les ans. «
La Route de Sel » comporte 200 cavaliers qui partent
de Montpellier jusqu’à Rodez, pendant neuf jours. Et il y
a des spectacles tous les soirs, moi je les fais avec eux.
Et
là en ce moment, on me demande de me présenter dans
différentes manifestations dans toute la France. Donc je
me lance dans ce métier aussi : ça va prendre un peu
de temps, mais c’est vraiment passionnant... Peut-être que
ça va me permettre d’avoir mon ranch un de ces jours ! (Rires)
* éditions du rocher
Galas à venir de JEANE MANSON :
- 24 Mars : Centre Culturel de Saint Marcel (27)
- 31 Mars
: Franquevilles les Rouen (76)
- 6 Avril : Zénith de
Rouen (76)
- 28 et 29 Avril : Basilique de St Germer de Fly
(60)
- 19 Mai : Petit Couronne (76)
- 26 Mai : Honfleur
(76)
- 27 Mai : Casino de Dieppe (76)
- 2 Juin : Région
de Beauvais (60) pour un Festival Country
- 14 Juillet : Mouvaux
(59)
- 22 Juillet : Septème les Vallons (13)
- 9
Août : Hyères (83)
- 11 Août : Barjac (30)
- 13 Août : Fos sur Mer (13)
- 27 Août : Sénas
(13)
- 2 Septembre : Aire sur la Lys (62)
- 10 Novembre
: Beauvais soirée au profit de l'Unicef (60)
Jean-Marc F.