Diana Krall - Live In Paris (Universal
Jazz)
Diana Krall a presque tout pour elle : une voix en or,
un talent indéniable, un physique agréable, et surtout
une présence sur scène que beaucoup aimeraient avoir.
Ses deux derniers albums studio, «When I look In Your Eyes
» et «The Look Of Love», lui ont permis
de faire partie du cercle fermé des nouvelles divas. Elle
défend d’ailleurs ce titre à merveille. On pourrait
même dire un peu trop bien.
Car si ses premiers albums swinguaient autant qu’ils nous transportaient
vers un monde romantique (petits oiseaux et vent dans les cheveux
inclus), les opus cités ci-dessus devaient laisser apparaître
une chanteuse trop consciente de ses atouts féminins… Au
détriment d’une fraîcheur et d’une spontanéité
quelque peu perdues. Cet album live arrive donc à point nommé
pour recadrer quelque peu les choses. La scène obligeant
la chanteuse à se découvrir, rien de tel pour savoir
où la chanteuse se situe, artistiquement parlant.
La réponse ne se fait pas attendre : Mlle Krall sait toujours
swinguer ! Accompagnée de son quartet (dont elle fait bien
sûr partie), la belle enflamme l’Olympia dès les premières
notes d’un «I Love Being With You» et ne laisse planer
aucun doute sur ses talents de pianiste. On la surprend même
à glisser quelques emprunts au détour d’un chorus
(« Jean-Pierre», ou encore «Summer Samba»).
La dame s’est peut-être rendue compte que son succès
était autant dû à ses titres enlevés
qu’à ses ballades romantiques…
On se rend également compte qu’elle sait admirablement
mener un concert. Elle entraîne, envoûte, sans jamais
perdre le public en cours de route. Elle (et ses musiciens bien
sûr !) parvient à ressortir tous les standards qui
ont fait sa popularité sans toutefois tomber dans la simple
reproduction de la version studio, comme c’est bien souvent le cas
pour les artistes à succès.
L’esprit jazz est bien présent, et on sent que tous les
musiciens se font plaisir. La présence de l’orchestre Symphonique
Européen aurait pu alourdir le tout et rendre l’ensemble
un peu trop mielleux. Il sait au contraire rester en retrait, soulignant
les harmonies quand cela est nécessaire sans tenter de s’imposer.
Cet album aurait donc pu n’être qu’une très bonne
surprise si cette très chère Diana n’avait pas eu
l’étrange idée de nous gratifier d’une reprise de
Billy Joël en guise d’épilogue. L’initiative est tout
de même honorable : la présence d’un inédit
en cadeau fait toujours plaisir. Enfin, presque toujours plaisir
puisque la seule présence de ce titre vient tout simplement
gâcher notre bonheur. Alors que la faute de goût avait
été évitée jusque là, la belle
demoiselle plonge tête première dans la mièvrerie
la plus totale. On passe directement de la salle de concert au supermarché…
La déception est d’autant plus grande que rien ne laissait
présager un tel dérapage.
Cet album, s’il ne rassure pas totalement, prouve que Diana Krall
est une véritable artiste de jazz, avec tous les sous-entendus
ce que cela comporte. Il suffit juste d’arrêter le disque
avant la dernière chanson pour que le plaisir reste intact.
Pour ceux qui voudraient s’aventurer dans ce «Just The Way
You Are», je n’aurais qu’un rappel à leur faire : ne
ragez pas parce que l’ascenseur est encore coincé entre deux
étages ; vous êtes toujours dans votre salon !
Site officiel : http://.www.ultimatedianakrall.com