Harry Connick Jr
Trop
facilement catégorisé comme "crooner" ou
"chanteur guimauve", Harry Connick Jr n’en est pas moins
un musicien hors pair : pianiste, chanteur, compositeur, arrangeur,
chef de chœur, chef d’orchestre, il assume chacun de ces rôles
avec le bonheur que l’on sait, et reste l’un des rares jazzmen de
la "jeune génération" à fédérer
un large public, non seulement grâce à son talent,
mais aussi grâce à son charisme et à son aisance
sur scène.
Cette courte chronique
d’un succès annoncé retrace le parcours de ce musicien
exceptionnel…
Harry Connick, deuxième du nom, est né le 11 Septembre
1967 à la Nouvelle-Orléans (Louisiane), une ville
encore baignée de culture française et de nostalgie
francophile (qui transparaîtra dans le titre de l’un de ses
albums, « France, I Wish You Love »), un des berceaux
du Jazz, véritable creuset où toutes les influences
ne savent se marier qu’avec le plus grand bonheur.
Dans ce lieu pourtant propice à l’amour de la musique et
à la création artistique, le jeune Harry aurait très
bien pu ne jamais connaître la vie qui est la sienne aujourd’hui
: durant toute son enfance, son père, Harry Connick Sr, District
Attorney de Louisiane (l’équivalant d’un Procureur de la
République mâtiné de Juge d’Instruction en France),
organise sans relâche des descentes de police dans les quartiers
chauds de New-Orleans en vue de démanteler toutes sortes
de trafics et autres réseaux de prostitution, et sa mère,
Anita Connick, siège elle comme juge dans un tribunal fédéral.
On aurait donc légitimement pu penser qu’Harry finirait lui
aussi par épouser une carrière juridique.
C’est sans compter sur la passion de ses parents pour la musique
et le Jazz : les Connick détiennent en effet un magasin de
disques, et n’hésitent pas à bercer leur enfant de
musique dès son plus jeune âge : il a son premier contact
avec un piano à l’âge de trois ans, et à cinq,
il fait sa première "exhibition publique", pour
la nomination de son père comme District Attorney. Dès
neuf ans, il côtoie les musiciens du Quartier Français,
du côté de Bourbon Street, et rencontre des figures
aussi marquantes qu’Al Hirst, James Booker, Buddy Rich ou encore
Eubie Blake. Il s’investit à tel point qu’il sort un premier
album, accompagné des musiciens professionnels qu’il connaît
si bien, alors qu’il n’a que onze ans : « Eleven » !
Cette motivation, cette manière qu’il a malgré son
jeune âge de se jeter à corps perdu dans la musique,
ne sont malheureusement pas le seul fait de son amour pour le Jazz,
et cachent mal sa souffrance dans une situation pénible qui
trouvera son inévitable issue alors qu’il a tout juste 13
ans : après plusieurs années de lutte acharnée,
sa mère succombe au cancer qui la ronge. Cette difficile
étape n’altère en rien les rêves de Junior,
et il intègre à quatorze ans un premier groupe avec
Delfeayo Marsalis (frère des Branford-le-saxophoniste et
de Wynton-le-trompettiste), Dr Death and the Killer Groove. Harry
ne songe qu’à une seule chose : quitter New-Orleans, direction
New York, pour faire sa place parmi les plus grands…
Mûrissant son projet, il joue encore et toujours, sans relâche,
dès qu’il le peut, dans les arrière-salles sombres
et enfumées de Storyville, LE quartier chaud de la ville.
Si les jam-sessions sont une bonne école, ses études
classiques au piano ne le sont pas moins, de même que l’écoute
de ses idoles, dans le désordre : Duke Ellington, Erroll
Gardner, Frank Sinatra, Thelonius Monk, Fats Waller, Louis Armstrong,
Art Tatum, Nat "King" cole… À quinze ans, il intègre
pour trois ans le célèbre N.O.C.C.A. (« New-Orleans
Center For The Creative Arts », Centre pour les Arts de la
Création de la Nouvelle-Orléans), où il a comme
professeur un certain Monsieur Ellis Marsalis (dans la famille Marsalis,
je voudrais le père !)…
En 1985, premier grand tournant de sa vie d’artiste : Harry part
s'installer à New York. Il a dix-huit ans. Seulement voilà
: malgré son talent, malgré sa petite renommée
dans le cercle des jazzmen de la ville (on a bien entendu son nom
quelque part, mais on ne sait plus où, ni de la bouche de
qui…), il ne semble pas que New York attende après lui...
En véritable "état de manque", il bat le
pavé new-yorkais à la recherche de n'importe quel
endroit pour jouer.
Sa première expérience rémunérée
se résume à un cachet de 25 $ dans une église
de la 90ème avenue, Puis il trouve un poste de chef de chœur
dans une église du Bronx. Parallèlement, Harry le
Preux propose ses services partout où il peut y avoir un
piano, et trime dans ce contexte difficile durant deux ans, jouant
dans quasiment tous les clubs de Greenwich Village. Cette expérience
l’endurcit pas mal, et commence de le faire connaître et reconnaître
dans la place du Jazz new-yorkais.
Sur la fin, il décide de donner un bon coup de collier et
de forcer sa chance, initiant ainsi le deuxième grand tournant
de sa carrière : après au moins six longs mois de
tentatives, de coups de téléphone, de messages épistolaires
et téléphoniques, il finit enfin par rencontrer George
Butler, de la Columbia, le légendaire label d’Armstrong,
de Charlie Parker, de Miles Davis et de Duke Ellington. Butler apprécie
le talent prometteur du jeune homme, le signe, et décide
de lui amener Ron Carter, le bassiste de Bill Evans, de Miles Davis
et d’Herbie Hancock (entre autres)… Le premier album d’Harry, sobrement
intitulé « Harry Connick, Jr », est enregistré
en une seule journée !
En 1987, il enregistre son second album trio, « 20 »,
sur lequel il use de sa voix, contrairement aux précédents.
Entre les deux opus, il est repéré par Ann-Marie Wilkins
(manager de Branford Marsalis), qui décide de s’occuper de
sa carrière. « 20 » connaît un succès
important, devenant disque de platine : la renommée du jeune
talent commence de dépasser les limites du milieu du Jazz,
le public et les critiques s’intéressent de plus en plus
à lui. Régulièrement, l’on peut lire ou entendre
à son sujet une comparaison des plus flatteuses, même
si elle n’est pas forcément fondée : Harry Connick
Jr est « le nouveau Frank Sinatra »…
L’essai « twenty » est transformé grâce
à Rob Reiner (réalisateur de « Misery »,
de « The Princess Bride », de « Sleepless in Seattle
», de « A Few Good Men », de « Ed TV »,
pour ne citer que ses films les plus connus), qu’Harry a rencontré
peu de temps auparavant : Reiner lui demande de réaliser
la bande originale de son prochain film, « When Harry Met
Sally » (avec Billy Crystal et Meg Ryan), qui doit sortir
en salles en 1989 ! Harry compose quelques morceaux, réorchestre
de grands standards. Résultat : le film est un succès
planétaire, et le travail d’Harry est plébiscité
par le public comme par la critique. Fort de cette réussite,
Harry Connick Jr entame une tournée mondiale, avec des étapes
à Paris, à Tokyo, à Amsterdam, à Hambourg…
La déferlante est particulièrement impressionnante
à Londres : le Royal Albert Hall affiche complet durant une
semaine entière !
La carrière musicale du jeune jazzman est définitivement
lancée. Il ne se satisfait cependant pas de son seul statut
de star du music hall, et entame en 1990 une carrière de
comédien, avec un petit rôle dans le film « Memphis
Belle », où son personnage est… un pianiste ! L’année
suivante, Jodie Foster lui propose de tenir le rôle de son
boyfriend dans le film qu’elle réalise, « Little Man
Tate ». Dans « Copycat » (1995), Harry incarne
un serial killer particulièrement intelligent et pervers,
avant de devenir un héros national et planétaire en
luttant contre une invasion extraterrestre dans le blockbuster «
Independance Day » de Rolland Emmerich… Dernièrement,
on a pu le voir dans un drame romantique qui n’a guère eu
de succès qu’aux États-Unis, « Hope floats »
(1998), aux côtés de Sandra Bullock, dans « Wayneward
Son » (1999, son premier rôle principal), et on a pu
l’entendre doubler un personnage dans le long métrage animé
« Le Géant de Fer » en 1999.
Bien évidemment, il continue d’être un musicien prolifique
: à trente-cinq ans, il a à son actif pas moins de
dix-sept albums, tous sensiblement différents mais tirés
de la même veine et avec la même indéterminable
suavité…
Les amateurs de Jazz, les "purs et durs", ont souvent
tendance à mépriser Harry Connick Jr : pour eux, il
n’est pas un jazzman, mais bel et bien un crooner, seulement un
crooner… Ce jugement réducteur et trop catégorique
ne résiste pourtant pas à une écoute attentive
et dénuée de préjugés de l’ensemble
de son travail. Si certains titres, certes, louchent très
ouvertement du côté de l’ "easy listening"
tendance années 30, 40 ou 50 - avec, il est vrai, un résultat
final assez "guimauve", dans l’album « We Are In
Love » notamment -, on retrouve chez Harry Connick Jr l’esprit
d’un jazz bien particulier, les réminiscences des jam-sessions
de Bourbon Street, les alliages sonores si caractéristiques
de la Nouvelle-Orléans… Ceux qui connaissent Harry Connick
Jr et l’apprécient à sa juste valeur (indépendamment
du fait qu’ils aiment ou n’aiment pas) comprendront ces allusions.
Ceux qui ne connaissent pas devraient quant à eux s’y
mettre d’urgence, quels que soient leurs goûts musicaux :
c’est bon pour l’ouverture d’esprit d’une part, et d’autre part
ça fait un bien fou !
Discographie :
1987 Harry Connick, Jr.
1988 20
1989 B.O.F. « When Harry Met Sally »
1990 Lofty's Roach Soufflé
1990 We Are In Love
1991 Blue Light, Red Light
1992 Swing Time
1992 25
1992 Eleven (réédition)
1993 The New York Big Band
1993 When My Heart Finds Christmas
1993 France, I Wish You Love
1994 She
1994 When My Heart Finds Christmas
1996 Star Turtle
1997 To See You
1999 Come By Me
Il convient de rajouter à cette discographie le titre «
A Wink And A Smile », composé par Marc Shaiman sur
un texte de Ramsey McLean, interprété par Harry Connick
Jr pour la bande originale du film de Rob Reiner « Sleepless
in Seattle », avec Meg Ryan et Tom Hanks.
Cette chanson est
un vibrant hommage aux standards des années 40, si bien réussi
que j’ai pour ma part longtemps cru que c’était une reprise
! Elle a récemment été reprise pour la publicité
télévisée de la Fiat Punto™ en France.
http://www.harryconnickjr.com
(officiel)
http://www.connick.com