Carla Bruni : Quelqu’un m’a dit
(Naïve)
En cette fin d’année, nous avons choisi deux albums
« féminins » à chroniquer. L’originalité
est que plusieurs rédacteurs donnent leur avis sur le même
album.
L’avis de Stéphane I…
Professionnelle du porte-manteau, la belle Carla s’essayait
depuis quelque temps à chanter : on l’avait remarqué
chez les Enfoirés où sa voix cassée et son
physique à la Twiggy tenait plus d’une prestation people
que d’un rendez-vous d’artistes.
Puis elle avait écrit six textes du dernier album de Julien
Clerc. Peu convaincant. J’inciterai vivement le chanteur à
retourner à Etienne Roda-Gil, à qui elle ne parvenait
pas à faire de l’ombre. Tout cela paraissait plus comme un
coup marketing qu’artistique. Non mais c’est vrai pourquoi on connaissait
la Carla avant ? Ben elle était mannequin, et pis c’est la
sœur de l’actrice et pis aussi elle est sortie avec le beau Vincent
Perez et pis aussi le Arno Klarsfeld… Quel tableau de chasse….
Et maintenant la revoilà la Carla avec un album qu’elle
a tout composé avec ses petits doigts d’ancien mannequin
(décidément c’est une « profession » qui
colle à la peau) ; et puis on y retrouve l’ami Bertignac
(ben quoi mon ptit Louis, t’aurais une ouverture ?)….Oh la la la….encore
un produit bien marqueté comme on en fait tellement (je ne
citerai personne mais bon…..)
Mais avec cet album elle veut prouver quoi la Carla ? Parce que
dans la série recyclage des icônes de podiums, à
part Nico, les anciens mannequins qui réussissent dans la
chanson sont rares… Mais là, objectif réussi : ce
n’est pas un ancien mannequin qui se recycle dans la chanson mais
l’éclosion d’une chanteuse à part entière.
Car en plus d’être magnifique, cet album est aussi superbe…
Ca commence bien d’ailleurs ; un texte co-écrit avec Leos
Carax, « Quelqu’un m’a dit » qui donne son nom
à l’album, c’est pas rien quand même (d’ailleurs Leos,
c’est quand que tu nous refais un film ?). Et puis y’a « Raphaël
», un chant d’amour qui nous rappelle le « Laetitia
» de Gainsbourg. Ben tiens ça tombe bien, elle
nous fait une reprise de « La noyée »,
chanson du grand Serge.
Tout cela m’a l’air fort prometteur mais moi j’aimerais bien
casser du sucre ! Mince, voilà qu’elle chantonne «
Le toi du moi », une déclaration comme on en
fait plus (« tu es la tristesse moi le poète, tu es
la belle et moi la bête, tu es le corps et moi la tête…
» Euh Carla je ne suis pas qu’un corps, reprends toi !). De
sa voix cassée, légèrement voilée, il
est impossible de ne pas craquer.
Bon il faut que je me reprenne. Aïe, elle reprend une chanson
en italien, je fonds un peu plus… Dans « L’amour »,
elle nous dit que « l’amour…ça me va pas / C’est pas
du St Laurent / Ca ne tombe pas parfaitement […] l’amour…j’en veux
pas / Je préfère les temps en temps… » Ok, Carla,
plus de théorique, passons au pratique !
Ces chansons sont un pur bonheur, les textes sont terriblement
bien écrits, légèrement emprunts d’humour et
d’une grande maturité, la production simple de Bertignac
mettant en avant la voix, derrière un léger voile
de cordes.
Je dois m’incliner, car en plus de nous sortir un album plus
que prometteur, l’artiste nous prouve dans la presse que ce n’est
pas un caprice de petite fille. Le rendez-vous avec la scène
devient dorénavant indispensable.
Après s’être fait vêtir toutes ces années,
elle habille désormais ses textes par de douces mélodies
; on ne pouvait rêver mieux comme conversion….
L’avis de Maud P…
Et oui, elle sait aussi chanter ! Ah ! Je les vois d’ici les
moqueurs se gausser, entendant sur leur radio préférée,
un matin de novembre, que l’ex-mannequin Carla Bruni sortait son
cd…Ah ben forcément, encore une qui en profite. Elle est
connue alors elle va tout mélanger, mode et musique, ben
voyons…Mais je les imagine encore mieux piquant du nez à
l ‘écoute du dit album, se rendant compte qu’un petit bijou
venait d’investir leur platine… Ah ben oui, ça fait mal forcément
de se rendre compte que certaines personnes ont eu la chance de
voir un plus grand nombre de fées se pencher sur leur berceau
à leur naissance… Faut dire aussi que Carla est née
est un jour de décembre 1968, à Turin, jour particulièrement
peinard pour les fameuses fées du show bizzzzzzzzzzzzz (et
oui, il faut suivre mes différentes chroniques, je vous en
ai déjà parlé de ces fameuses fées…Je
tiens un listing de ceux qui suivent, je vous préviens !).
Mais bon, tout ça c’est pour la petite histoire, retenons
juste, donc, que « Quelqu’un m’a dit » est un album
à jeter précieusement dans votre hotte de Noël,
cadeau idéal pour les retardataires qui ne savent jamais
quoi offrir… Mais attention, gardez ce cadeau pour quelqu’un que
vous aimez, ça ne peut en aucun cas servir d’ersatz à
la fameuse boite de chocolats dégueux pour Tantine Machinchose
qui sent très, mais alors très mauvais de la bouche,
mais à qui vous vous devez de rendre la visite annuelle de
Noël…
Revenons à nos moutons (je sais que dans la crèche
ce sont des ânes, c’est une façon de parler voyons
et puis bon, on sait que c’est Noël, ça va maintenant
!). Une fois n’est pas coutume, l’artiste dont je vous présente
l’album cette semaine n’est pas une illustre inconnue. Peu d’hommes
n’ont pas bavé (c’est encore une façon de parler,
cela s’entend) devant ses longues jambes et inversement peu de femmes
ne l’ont pas secrètement détestée pour son
physique de rêve. Et bien mesdames, préparez vous à
la haïr encore plus !
Honte sur moi, je ne savais pas qu’en cachette la frangine de
Valeria (ben oui, la comédienne) préparait un album.
Quelque jours avant la sortie du dit album, branchée sur
ma radio préférée (celle avec trois lettres,
qui commence par un F et termine par un P…Au milieu il y a un I,
pour vous aider), je tends un matin l’oreille, ravie par un air
tout doux, épuré, voix adorablement éraillée…
Et tombe de ma chaise quand la petite voix qui d’habitude nous donne
l’état du trafic routier m’annonce tranquillement que l’interprète
de cette chanson n’est autre que Carla Bruni. Ben merde alors, manquait
plus que ça ! V’la t’y pas qu’elle chante maintenant et que
ça aussi c’est bien ! Il faut tout de même dire que
Mademoiselle Bruni ne nous avait pas vraiment pris en traître
quant à son intelligence. Ses différentes interviews
en tant que mannequin laissaient supposer aux attentifs que la belle
ne l’était pas qu’à l’extérieur. Mais bon,
quand même, elle aurait pu faire moins bien parce que y’en
a qui vont commencer à déprimer, là !
Illuminée de bonheur par un amour qui semble bien réel
pour un jeune homme prof de philo et par une récente maternité,
la belle Carla décide un jour d’aller acheter au Franprix
du coin (ben quoi, elle a su rester simple !) un crayon et un cahier
pour écrire des chansons. Elle a bien fait, entre nous. Il
en résulte 10 textes émouvants, qui sonnent justes,
auxquels s’ajoutent une reprise du grand Serge Gainsbourg et un
autre texte de Juilio Rapetti. Pour ceux qui ont des problèmes
de calcul mental, douze chansons donc sur cet album. Le mieux c’est
de les écouter, toutes, attentivement. Et de s’imaginer,
pour vous messieurs (ou pour vous mesdames plus sensibles au charme
des personnes de votre sexe après tout), que Carla vous les
murmure à l’oreille. Ils parlent d’amour alors… De plus,
la Donzelle n’a pas fait exprès mais elle possède
une voix qui colle parfaitement à l’ambiance de ses textes.
Chaude, un peu cassée mais pas trop donc terriblement sexy…Tout
cela est envoûtant, reposant et donne envie de croire en l’amour
!
Pour ce qui est des arrangements musicaux, Carla a fait appel
à un ami de toujours, Louis Bertignac. Bonne idée
encore, la musique se fait douce, la guitare de Carla ponctuant
quand il le faut ses mots. Ajoutez à cela une pochette très
glamour aux photos noir et blanc et vous obtenez un album, vous
l’aurez compris, digne des plus grands.
En conclusion, bravo Carla, tu prouves à tous ces machos
que beauté féminine et justesse (aussi bien dans la
voix que dans les mots d’ailleurs) ne sont pas forcément
antinomiques (bon, mes amis étaient déjà au
courant mais…Oh ça va, j’déconne, si on peut plus
s’amuser en rédigeant ses chroniques…). Tu nous ferais presque
oublier que tu as eu un temps la TRES mauvaise idée de sortir
avec cet avocat frimeur… ! ! (Un peu de people pour terminer, ça
plait toujours !).
L’avis de Patrice B.
Ah ! Enfin une belle fille qui ne fait pas de la musique pré-fabriquée
! C’est vrai, joyeux, sexy, banal, doux, triste, original, intimiste…
C’est la vie qui se déroule et qui passe. C’est un instant
futile et insaisissable qui vous rend heureux durant quelques minutes…
Voilà… Je viens d’écouter le titre éponyme,
« Quelqu’un m’a dit », et je suis déjà
sous le charme.
Calmons-nous un peu, et reprenons.
Contrairement à mon collègue Stéphane, j’avais
beaucoup apprécié les textes de Carla sur le dernier
album de Julien Clerc. Elle avait réussi l’exploit de dépoussiérer
quelques mots inusités de cette belle langue française.
C’était frais et intimiste.
Je ne m’étendrai pas sur les frasques médiatico-journalistico-amoureuso-ridiculoso
de la belle avec le beau (Vincent) et le pseudo-intello (Arno),
mais insisterai sur l’aspect musical, oui, oui, musical des chansons
de Clara. Oubliées les guitares disto et les programmations
tordues des productions actuelles. Oubliés aussi les effets
sur la voix. De la guitare acoustique, une p’tite batterie et une
contrebasse au besoin. Oh ? Un solo de piano. Oh ? Des claquements
de doigts… Et même … Un métronome.
On ne développe pas une sous-merde musicale pendant quatre
minutes et demie. La durée moyenne des chansons est de trois
minutes. Tout est dit, on passe à autre chose. Si l’on n’a
pas aimé, on n’a pas trop perdu de temps en écoutant.
Par contre, si on a adoré, on regrette que ce soit si court.
Allez ! Juste encore une minute !
Je découvre un sens de l’humour et une tendresse rares
dans les textes contemporains. A mi-chemin entre Francis Cabrel
et Pierre Perret, ou, plutôt, entre Prévert et Aragon.
Car nous avons affaire à de très beaux textes (avec
même une petite incartade dans la langue de Dante).
En conclusion, c’est un très bel hommage à la chanson
à textes, comme on l’appelle. Et c’est la meilleure preuve
qu’il n’est pas besoin de déterrer les chansons des années
30 pour sonner authentique… Entre parenthèses, un très
grand bravoooooooooo à Louis Bertignac, qui a compris le
rôle exact d’un arrangeur : faire apparaître la sensibilité
de l’artiste. Félicitations aussi pour le magnifique solo
guitare électrique dans « Le ciel dans une chambre
».
Un seul mot : « Cours l’acheter chez ton marchand de disques
! »
PS 1 : J’aimerais bien être le plaisir, et que Carla soit
ma faute (« Le toi du moi »)…
PS 2 : A destination des futures chanteuses en herbe, qui se
prennent déjà pour les plus « belles du quartier
» : si t’as pas de voix, chuchotes au lieu de chanter faux
en gueulant. Ca marche.
,
Maud
P., Patrice
B.