Boards Of Canada - Geogaddi
Des silhouettes approximatives se baladant au beau milieu
de l'eau sur un fond de coucher de soleil. Une image banale mais
ô combien représentative de l'atmosphère que
dégage de ce duo peu conventionnel. Deux musiciens au service
d'une electronica de premier choix pourrait constituer une accroche
parfaite pour présenter B.O.C. Si ce n'est que ces deux n'ont
qu'une réelle préoccupation : la musique. Peu d'interviews,
des photos délivrées au compte- gouttes,… Tout cela
pourrait cacher une stratégie machiavélique destinée
à faire vendre. Il semble toutefois que ce ne soit pas le
cas et que, pourrait-on encore le croire dans un monde où
le marketing est en train de s'asseoir sur l'artistique, leur démarche
est sincère.
"J'aime croire que la musique parle pour nous. Nous n'avons
jamais eu l'intention de devenir des pop stars." Le doute n'est
de toute façon plus permis lorsque l'on insère le
disque dans la platine. 23 titres pour 66 minutes de pur bonheur
pendant lesquelles vous allez petit à petit vous détacher
du réel pour vous laisser emporter par les ambiances intimistes
de "Geogaddi". Si le titre reste une énigme
pour le commun des mortels, on en sait un peu plus sur ce duo énigmatique.
Michael Sandison et Marcus Eoin sont deux musiciens
anglo-canado-écossais (si, si, c'est possible !) ayant fait
leurs débuts en Ecosse. Ils se sont notamment faits connaître
en 1998 avec leur premier opus sorti chez Skam, label orienté
vers l'electronica expérimental, "Music Has The
Right To Children".
Quatre ans d'attente et un EP sorti entre temps ("A Beautiful
Place Out In The Country") auront permis au duo d'enfoncer
le clou sans en avoir l'air. Mais ceux qui espèrent trouver
le tube de l'été seront déçus. En effet,
pas de morceau calibré pour les radios, pas même de
titre chanté à proprement parler. Ce qui est finalement
sans importance si on considère que le propos se situe aux
antipodes de toute aspiration mercantile. Le groupe est d'ailleurs
signé chez Warp, label intransigeant qui a vu sortir des
perles telles que Leila, Aphex Twin, Plaid,…
23 titres plus ou moins longs mais tous empreints d'une même
atmosphère chaleureuse et intimiste, un brin mélancolique
et qui laisse penser que les machines peuvent avoir un côté
très organique. Le caractère énigmatique de
cet album autorise toutes les hypothèses. Certains y verront
un ensemble d'expérimentations psychédéliques,
d'autres supposeront qu'il s'agit d'un travail d'introspection…
Si les avis peuvent diverger, c'est parce que ce disque est à
l'image de sa pochette et des différents visuels qui l'illustrent
: kaléidoscopique.
B.O.C. livre un album d'une richesse musicale étonnante qui,
même si elle n'est pas directement accessible, procure un
plaisir sans commune mesure avec celui que pourrait nous donner
un "produit" musical quelconque. On ne peut par conséquent
qu'encourager une telle démarche qui vise à mettre
en avant la substance (en l'occurrence la musique) et non l'emballage
(c'est-à-dire tout ce qui gravite autour). Ce n'est donc
pas avec cet album que le duo va faillir à sa réputation
de "meilleur groupe electronica".
Sites officiels :
http://www.boardsofcanada.com
http://www.warprecords.com