Franck Black & The Catholics
Black Letter Days / Devil’s Workshop
(Cooking Vinyl / Naïve)
SCOOP ! Franck Black dans votre salon ! EXCLUSIF
!
Toc-Toc-toc
Entrez! Salut, Franck. Ça te dérange
si on se tutoie ? Après tout, quand j’écoute
tes disques, j’ai l’impression qu’on le fait déjà.
All right. Tiens, je t’ai apporté
un cadeau.
Deux albums d’un coup ! Tu nous gattes…
C’est de bon cœur. Bon, je me sert un
verre pendant que tu donnes à manger à ta
chaîne.
(Bruitages : "glou-glou" d’un côté
; roulement de batterie et "one, two, one, two, three ! "
de l’autre. The black rider 1, ouvre Black letter days,
dans une ambiance limite cartoon…)
Dis donc, ça part sautillant.
Ben ouais, je suis heureux de jouer,
libéré. Apaisé, quoi.
(California déboule. On s’attend
presque à ce que Brian Wilson vienne y greffer sa folie.
Puis Chip away boy.)
Après les road-movies, tu nous
inventes la road-music! Je voudrais pas te froisser, mais
c’est rare qu’en écoutant l’ancien leader d’un groupe
célèbre, on se dise : c’est bien qu’ils aient
splitté.
Kes’t’as ? T’aimais pas les Pixies?
Au contraire. Quand j’ai découvert
Trompe le monde, j’ai eu l’impression pour la première
fois que quelqu’un me mettait un pain en toute amitié.
Au fait, c’est pour la thune que t’as sorti deux albums
au lieu d’un double ?
Tu re-veux un pain en toute amitié
?
(Autour de Cold heart of stone.)
On dirait Neil Young qui a séché
ses larmes.
T’as la référence bien
trop facile. J’oserais pas, il est meilleur que moi.
Ou "était"? Black
letter day… là, tu reviens vers Pixies. Comme
des Pixies réconciliés avec cette chienne
de vie. Mais tu ne pousses pas trop ta voix.
Elle n’est pas très étendue.
J’ai préféré la fondre dans les guitares,
jouer sur la chaleur.
(Voici How you went so far, intimiste.)
Mmmm… Chaleureux mais pas toujours joyeux.
Bah, t’es capable de sourire même quand tu feel blue.
Et puis, j’aime beaucoup ces chansons qui semblent venir
si naturellement. Sans fioriture. Guitare, basse, batterie,
voix et quelques interventions de piano. Mais avec des titres
surtout mid-tempo, t’as pas peur qu’on s’emmerde à
la longue ?
Oh! non. Il y a assez d’influences pour
varier les ambiances. Moitié tradition mélodique
d’outre-Manche, moitié rock et folk d’outre-Atlantique.
Ouais, je vois… Un croisement entre Inspiral
Carpets, les Rolling Stones et Sixteen Horsepower. Même,
sur 1826, avec le long instrumental final, ça
sent son Lynyrd Skynyrd.
En vérité, en mélangeant
l’acoustique et l’électrique au soleil, j’ai essayé
de faire comme si les Pixies reprenaient le générique
de Shériff, fais-moi peur!
Sacré vieux déconneur!
Bon, qu’est-ce que tu penses des solos
?
Bien aussi. Ils prolongent tip-top la
voix sans être envahissants. Je dirais même
qu’ils soulignent l’ambiance de confidence. A ce propos,
tes Alcoholics…
Catholics!
Oui, pardon. Tes Catholics ne le sont
pas tant que ça. Ça défouraille sévère,
quand ils s’y mettent.
Good Lord!
Keskiya ?
Faut que j’y aille. J’suis à la
bourre. J’ai un enterrement.
Oh?
Rien de grave : la brit-pop. Je dois
refermer le couvercle du cercueil.
Je parie que c’est toi qui l’as descendue.
Même pas eu besoin. C’est le dernier
groupe sauveur du rock’n’roll qui lui a fait un croche-pied
dans l’escalier. J’sais plus lequel, y’en a tellement aussi…
OK. Merci pour tout. Tu reviens quand
tu veux, Franck.
Maintenant qu’il est sorti, je peux vous parler
du second album, Devil’s Workshop. Qui n’apporte pas grand
chose en comparaison de Black letter days. Plus rock basique.
Moins : mélodique, varié, inspiré et convaincant.
Il ne décolle pas.
Les Catholics servent surtout de support-band
(mais, au regard de l’ensemble, quel Everest d’arrogance a bien
pu escalader un plumitif de Rock’n’Folk pour les traiter
de «musiciens somme toute inexistants»????). Devil’s
workshop reprend du poil de la bête sur la fin avec Are
you headed my way bien ‘roll, The Scene simple mais efficace,
Whiskey in your shoes qui retrouve l’alchimie du premier
volume.
Bonne idée, finalement, d’avoir sorti
deux albums au lieu d’un double. On peut n’acheter que le meilleur.
Résumons : les 18 superbes titres de Black letter days,
c’est le vin de messe ; les 11 secos de Devil’s Workshop,
c’est l’hostie. A boire !
Merci à Naïve…