Björk : Family tree (Barclay)
Pour accompagner sa compilation « Greatest Hits
», Björk nous offre un autre cadeau, plus personnel,
appelé Family Tree . Ce coffret ressemble à l’islandaise
: petit, complexe, et enfantin.
Pour la première fois, la chanteuse n’apparaît pas
sur la pochette, laissant la place à un jeu d’écriture
; réalisé par les graphistes M/M, avec qui elle travaille
depuis trois ans, le coffret -rose- se présente
comme une boîte de petite fille, renfermant tous ses secrets.
A l’intérieur, on rentre dans l’univers personnel de l’artiste
: on y trouve une lettre pliée en huit qui nous explique
le pourquoi du comment de la conception de ce coffret, un livret
comprenant le texte de certaines de ses chansons, et six cds : une
compilation composée par ses soins (contrairement au greatest
hits officiel, composé par les internautes) ainsi que cinq
autres mini-cds divisés en trois parties (roots/beats/strings).
La section Roots contient dix titres, et comme son nom l’indique,
part des origines. On sait ô combien que Björk ne serait
pas là sans ses racines « îliennes ». On
y trouve donc des titres composés avec ses collègues
islandais de Kukl (groupe punk dont elle fit partie) et des Sugarcubes.
Plus surprenant est la présence de Glóra, un titre
à la flûte composé alors qu’elle n’avait que
quinze ans.
La section Beats, d’une facture plus classique, comporte des titres
rythmiques; car après avoir fait son bout de chemin sur son
île, Björk débarque à Londres et découvre
l’électro, aidée notamment par Graham Massey, ou Mark
Bell. Fini le punk adolescent ou la pop des Sugarcubes, Björk
trouve enfin son style, et tire de ses nombreuses collaborations
le meilleur d’elle même.
La dernière section, Strings, nous renvoie à une période
plus récente, notamment celle de ses concerts où,
accompagnée du Brodsky Quartet, elle a laissé ses
machines de côté pour mettre en avant sa voix toute
emprunte dl’émotion.
Alors que dire de ce coffret sinon qu’il est pour les inconditionnels
: ceux qui n’aiment pas l’artiste ne l’apprécieront pas plus,
et l’auditeur lambda n’y verra aucun intérêt. On peut
de plus se demander si Björk ne fait pas dans l’auto-glorification.
De ses beaux yeux verts, elle semble nous dire : “regardez d’où
je viens, contemplez où je suis arrivé”. Elle qui
a su tellement innover musicalement en mélangeant aussi subtilement
styles et instruments, découpe ici sa carrière en
sections bien distinctes : ceci appauvrit son apport à la
musique et la richesse de ses compositions.
Par ce coffret, on ne ressent pas l’importance de son immense talent.
Réécoutez ses albums, et vous comprendrez mieux l’évolution
de son inventivité. Une compilation ne signifie rien; chez
elle un album est un tout, donc l’accumulation de singles ne représente
plus grand chose. On se souvient de la première écoute
de Debut, elle ne nous a jamais autant surpris que sur Post, ému
sur Homogenic et bercé sur Vespertine.
Elle est certainement l’artiste la plus importante actuellement.
Alors qu’un autre génie musical, Bowie pour ne pas le nommer,
devançait l’évolution musicale par une curiosité
aussi intrépide qu’innovante, Björk a créé
un univers particulier et qui lui ressemble.
Mais avec Vespertine elle semble s’être confinée dans
une renommée certes méritée mais appauvrissante.
Elle se laisse enfermer dans une formule et ne nous étonne
plus guère.
Comme le laisse entendre le magazine Les inrockuptibles, ce coffret
serait une porte qui se ferme sur un début de carrière;
un chapitre se termine apparemment, et je ne doute pas que le meilleur
est à venir.