It's oh so Björk !
Il était une fois l'histoire d'une
fée qui décida de se pencher sur notre pauvre terre
afin de nous rappeler que la magie ne se résumait pas à
de simples incantations ésotériques mais pouvait également
s'immiscer dans le quotidien de chacun. Une voix reconnaissable
entre mille, un goût prononcé pour des mélodies
simples mais magnifiques, des choix musicaux audacieux mais judicieux
sont autant de caractéristiques qui ont permis à Björk
de devenir l'artiste que l'on connaît.
Née à Reykjavik, Björk Gudmundsdottir
connaît une enfance bohème. Le milieu dans lequel elle
vit (sa mère et son beau-père font partie d'une communauté
hippie) lui permet d'exprimer très tôt ses talents
d'artiste. Passionnée de musique, elle décide d'étudier
le piano et la flûte au conservatoire.
Elle n'a
que onze ans lorsqu'un petit label lui propose d'enregistrer un
album, ce qu'elle accepte de faire.
Après quelques tentatives infructueuses, Björk
réussit à percer en Islande avec le groupe Tappi Tikarrass.
Ce dernier est ensuite dissout afin de former un nouveau groupe
: Kukl. Un album sort début 1984. Reflétant la diversité
des goûts de la chanteuse, il opère une fusion
entre punk, jazz-rock et new-wave. Faisant sans cesse de nouvelles
rencontres, la petite islandaise quitte Kukl pour former les Sugarcubes.
Du premier album de ce nouveau groupe sera
extrait "birthday", single qui connaît un succès
immédiat en Angleterre et dans beaucoup d'autres pays. La
force de caractère des musiciens les empêchera d'être
récupérés par les grandes maisons de disques
du moment (notamment Warner). Deux autres albums sortiront avant
que Björk ressente l'envie de voler de ses propres ailes. La
rencontre avec Nelle Hooper va être le déclic qui va
lui permettre de lancer sa carrière solo. Elle aura tout
de même entre temps enregistré un album de jazz avec
le trio du pianiste Gudmundar Ingolfssonar, "Glin gló".
Toujours en quête de sonorités nouvelles,
Björk se tourne naturellement vers la musique électronique
grâce à laquelle elle peut exprimer son penchant pour
la recherche sonore (elle déclare avoir été
marquée par le travail de Karlheinz Stockhausen, compositeur
mariant instruments acoustiques et traitement électronique
des sons). Son premier album solo, "Debut" (1993), est
très bien accueilli par la critique comme par le public.
Le côté 'dance' de certains morceaux va attirer
nombre de DJs et remixeurs. Elle va également réorchestrer
certains morceaux (surtout pour harpe) et en chanter d'autres en
islandais.
Le second album, "Post" (1995), est plus
contrasté que son prédécesseur : aux morceaux
mélodieux et optimistes ( "Hyperballad", "Isobel")
sont mélangées des compositions plus noires telles
que "Army of me" ou "Enjoy". La collaboration
avec Tricky sur certains titres (dont "Enjoy") y est peut-être
pour quelque chose. A l'instar du premier opus, Post fait l'objet
de nombreux remixes variés et tous plus intéressants
les uns que les autres. Des artistes issus du rock, voire du métal
comme Skunk Anansie (sans Skin) ou Carcass vont enregistrer des
versions musclées de "Army of me" et de "Isobel".
Björk nous montre que les guitares saturées ne lui font
pas peur et que sa voix se prête vraiment à tout type
de musique.
«J'avais besoin de deux albums pour faire état
de toutes mes influences. Maintenant que c'est fait, je peux me
consacrer à un album plus homogène.» L'album
"Homogenic" sort en octobre 1997 et illustre parfaitement
la déclaration de la chanteuse. Une voix, une section de
cordes et des machines, tels sont les ingrédients qui vont
amener Björk à produire un disque plus intime,
rappelant le temps où il lui suffisait du son d'une alarme
de voiture pour créer une chanson (voir "Vessel",
vidéo sortie après le premier album). Cinq singles
seront extrait de cet opus : "Joga", "bachelorette",
"Hunter", "Alarm call" et "All is full
of love". C'est d'ailleurs en voyant les clips de "Bachelorette"
et de "It's oh so quiet" (single extrait de "Post")
que le réalisateur danois Lars Von Trier eut l'idée
d'auditionner la chanteuse pour tenir le rôle principal de
son prochain film, une comédie musicale noire devant s'appeler
"Dancer in the dark".
Björk, émue par la personnalité
de Selma, héroïne du film, accepte le rôle et
tourne aux côtés de Catherine Deneuve et de Jean-Marc
Barr (pour ne citer qu'eux). Elle compose également la musique
du long métrage. Von Trier est un habitué du
festival de Cannes. Ses deux derniers films ("Breaking the
waves" et "Les idiots") ayant fait partie de la sélection
officielle, il n'est pas étonnant de voir l'énigmatique
danois monter à nouveau les marches du palais en compagnie
de la distribution. Cette fois-ci sera la bonne. Björk remporte
le prix d'interprétation féminine et Lars Von Trier
se voit attribué la palme d'or. On peut dire que la rencontre
entre la chanteuse et le 7e art aura été fructueuse,
même si elle ne souhaite pas renouveler l'expérience.
Il est vrai que le tournage ne s'est pas très bien passé.
De plus, serait-elle capable de jouer d'autres rôles avec
autant de brio, surtout si on exclue les éventuels "Selma
bis"?
Toujours est-il qu'après avoir vécu
des amours heureuses avec le cinéma, elle se focalise à
nouveau pour notre plus grand bonheur à la musique. La bande
originale du film sort en septembre 2000 et s'intitule "Selmasongs".
Les chansons diffèrent quelque peu des versions que l'on
peut entendre dans le film. Le titre-phare de cet album est sans
conteste "I've seen it all", chanté en duo avec
Tom Yorke, chanteur de Radiohead.
Un nouvel album est annoncé pour Août 2001
et devrait s'appeler "vespertine". Connaissant l'artistes,
on ne devrait pas être déçu !
Autres albums édités depuis 1993 :
"The best mixes from the album Debut for all the people
who don't buy white labels", octobre 1994. "Telegram",
novembre 1996, "Vespertine", Août 2001
Site officiel :
http://www.bjork.com
Damien P.