Beck : Sea change
(Polydor)
Une météorite vient d’atterrir sur terre.
Un disque ambitieux et magique à la fois, celui qui, d’emblée,
écrase tout le monde pour cette rentrée musicale…
Beck Hansen a encore sévi avec son nouvel album «
Sea change » (sorti le 23 septembre). Du changement, il faut
toujours s’y attendre avec ce jeune prodige, qui réalise
à chaque fois un album plus audacieux, plus maîtrisé
et plus réussi que les autres. Le producteur Nigel Godrich
(Radiohead, The Divine Comedy) qui le rejoint dans cette aventure
y a laissé une empreinte discrète, laissant la place
à toute l’inventivité du californien. Dans votre discothèque,
placez cet album entre « Histoire de Melody Nelson »
de Gainsbourg et « Bryter layter » de Nick Drake puisque
Beck réussit de manière sublime à reprendre
les arrangements de corde de l’un (Paper tiger) ou le timbre mélancolique
de l’autre (Round the bend).
Ayant débuté par des albums aux tendances kaléidoscopiques,
mélangeant folk, blues, hip-hop (Mellow gold en 1994, Odelay
en 1996), Beck a depuis souligné un style précis pour
le travailler en profondeur, créant ainsi une ambiance continue
et envoûtante. S’il avait réussi jusqu’alors avec «
Mutations » (1998) où il explorait le folk, «
Midnite vultures » (2000) partait dans un funk endiablé
mais excessif. Puis, suite à certaines collaborations, dont
notamment Air et Marianne Faithfull, qui nous le montrait moins
inspiré, il réalise cette année un album paisible,
loin d’un tatatoum qu’il pourrait se permettre, loin d’une production
tapageuse et baroque. A 32 ans, il atteint, par cet album, une maturité
indéniable.
Cette fois-ci, l’émotion prend le dessus sur les bidouillages
musicaux dont il pouvait parfois nous affubler ; la révolution
musicale attendra. Il faut ici se laisser porter par les mélodies,
des images de plaines du far-west que l’on survole ; c’est un album
aérien et disons le, planant dans tous les sens du terme…
Si Beck s’est parfois permis de piller, tel un enfant qui s’amuse
à empiler des cubes, le patrimoine musical par certains samples,
il crée ici les morceaux que certains, dans des années,
s’amuseront eux mêmes à piller : il rentre ainsi au
Panthéon. Alors bien sûr, si vous vous attendez à
ce qu’il nous refasse un « loser » tubesque, passez
votre chemin. C’est grâce à une énergie, non
pas physique, mais créatrice (voire salvatrice) qu’il a fait
ce disque, et cela se ressent fortement.
Alors Beck se perdant dans l’enregistrement de cet album, envisageant
de prendre Dan the Automator (Gorillaz) pour la production, c’est
du passé. Cela aurait mené les 12 morceaux dans une
ambiance totalement différente (mais pas forcément
vaine). Il vaut mieux oublier ces anecdotes et se laisser porter
par le résultat final de son opus.
Sans doute « Sea change » n’est pas son album qui
explosera les ventes, où l’absence de single évident
peut faire du tort à sa maison de disques, mais qu’importe
puisque c’est un album qui s’écoutera encore dans 30 ans,
comme Gainsbourg ou Nick Drake. C’est un investissement dans la
durée et dans le plaisir. Let the golden age begin...
Site officiel : www.beck.com