Richard Ashcroft : Human conditions
(Hut
recordings/ Virgin)
Richard Ashcroft est anglais. Nul ne peut le contester
: airs de poseurs, cheveux trop longs lui cachant les yeux, regard
aussi supérieur que charmeur, et mélodies ciselées,
il ne peut venir que de cette perfide Albion qui a su exploiter
le fin fond de la pop music en inventant les Beatles quand nous
nous efforçons ici de créer Lorie.
Ne répétons pas l’éternelle histoire de
l’ancien chanteur de The Verve, parti faire une carrière
solo alors que le groupe avait atteint le summum de leur carrière
avec l’album « Urban Hymns », sans doute l’un des 10
meilleurs albums pop de la décennie.
Après « Alone with everybody », son premier
opus solo où il nous montrait que non, malgré son
« english attitude » sa musique était d’ailleurs
(du fin fond des Etats-Unis), il récidive avec un «
Human conditions » faiblard sorti il y a quelques semaines.
J’ai mis un certain temps à écrire cet article…Peut-être
avais-je mieux à faire que de parler d’un album qui manque
totalement d’enthousiasme et qui nous transmet cet état d’esprit.
Et à nous parler de sujets personnels, Dieu, l’amour, la
vie, on n’arrive pas à s’y intéresser.
Pourtant, Richard Ashcroft nous a habitué à mieux,
notamment avec ses diverses collaborations, tel U.N.K.L.E où
il se frottait à la musique électronique de DJ Shadow
ou bien avec les Chemical Brothers avec qui il arrive à sauver
leur album avec le superbe « The test ».
Alors que s’est-il passé Richard ?
Epluchons un peu tes compositions ; pour commencer, tu nous invites
à huit minutes de cordes (le single « Check the meaning
»); là, tu restes fidèle à ton précédent
album avec ce titre ; d’emblée tu nous fais le coup de «
j’ai envie de faire le morceau le plus pop de la terre ».
Bon, Richard pas besoin de tout un orchestre pour faire un bon morceau…..Mais
j’avoue, c’est dans ces moments-là que tu approches de la
grâce. Puis suivent des titres d’une forme plus standard,
mais attention à l’indigestion de violons. « Bright
lights », morceau le plus rock de l’album est accompagné
des tablas de Talvin Singh (Bjork, Madonna), et « God in the
numbers » se languit pendant sept minutes ; puis dans la deuxième
partie de l’album tu reviens vers une pop plus classique, voire
classieuse. « Science of silence » ne révolutionne
pas mais nous réveille et « Man on a mission »
avec son fond de gospel nous réconcilie avec l’album. «
Running away » est peut être le morceau le plus réussi,
du moins celui qui nous emporte loin de la grisaille, où
ta voix survole la condition humaine.
Car le secret de Richard Ashcroft n’est pas dans ses mélodies
ou ses cordes (ici arrangées par Will Malone, collaborateur
entre autres de Massive Attack et du dernier Daho), mais dans sa
voix.
Cette voix va en rencontrer une autre et pas des moins prestigieuses
; car il faut attendre le dernier morceau pour qu’une lumière
jaillisse : la rencontre improbable de Richard Ashcroft avec Brian
Wilson, l’ancien leader des Beach Boys, qui entre deux internements
psychiatriques vient donner sa petite contribution personnelle à
cet album : la voix encore adolescente de Brian Wilson illumine
un temps nos vies.
Donc non, « Human conditions » n’est pas un mauvais
disque. Il possède des éclats lumineux que beaucoup
d’autres albums ne possèderont jamais. Loin d’être
un désastre (n’est pas Oasis qui veux), c’est juste une déception
venant de cet artiste sincère.
Site officiel : www.richardashcroft.com