April March : Triggers (Tricatel/Naïve)
Nous le savons tous: les américains sont des
imbéciles mangeurs de hamburgers, et nous autres français
sommes de pauvres intellectuels hautains et prétentieux.
Entre maîtres du monde et donneurs de leçons, on pourrait
bien dire des choses en somme, surtout à l’heure actuelle,
où comme au casino, rien ne va plus.
April March est américaine, et elle aime la France. Bertrand
Burgalat est français et il travaille avec April March. Tout
va bien alors, et ce dans le meilleur des mondes.
Triggers n’est pas un disque comme les autres, il est multi référencé.
Pour faire court et pour éviter trop de noms, on peut dire
qu’April March, c’est un peu Petula Clark au pays de Jean-Jacques
Perrey. Il y aussi du Stereolab et du Broadcast dans cet album.
Bref, beaucoup de noms, mais qui ne vous disent pas forcément
ce qu’il en est de cet album. En tout cas nous sommes loin de la
mouvance new-yorkaise actuelle, des Strokes aux Kills, des Yeah
Yeah Yeahs aux Libertines… Ici, bienvenue dans la candeur pop, miel
et sucre mélangés.
Comme vous l’avez sans doute constaté, vues vos années
d’anglais, April March est un pseudonyme (tout comme l’est Tom Novembre,
mais pas Victoria Abril…); de son vrai nom Elinor Blake, californienne
née en 1965 (c’est-à-dire qu’elle a bel et bien baigné
dans les sixties), elle est animatrice et scénariste du dessin
animé Ren and Stimpy. La belle américaine a rencontré
Bertrand Burgalat en 1996, fondateur du label Tricatel (qui a déjà
produit Valérie Lemercier ou Michel Houellebecq entre autres….),
et en 1998 sort le premier fruit de leur collaboration, Chrominance
Decoder.
Aujourd’hui, cinq ans plus tard, voici Triggers.
Triggers qu’est-ce que c’est ? C’est autant la gâchette
d’une arme, qu’une sorte de réaction en chaîne : une
chose en entraîne une autre. Par exemple, une peinture va
m’inspirer et va m’inciter à créer quelque chose de
différent. C’est un peu comme ça que la jeune April
March conçoit son travail et ses collaborations. Car elle
ne veut pas travailler seule : elle doit partager, échanger
pour créer.
Treize titres composent cet album. Entre instrumentaux (Résumé,
Triggers), chansons en français (Le code rural, Le cœur Hypothétique…)
ou en anglais (Up Above, There Is Always Madness…) April March nous
offre un large éventail de chansons légères
accompagnées d’un orchestre aux arrangements flamboyants.
N’y voyez pas forcément de la naïveté dans
tout cela ; car même si on peut associer la musique d’April
March à de l’easy listening, il faut savoir y déceler
malgré tout la part de poésie qui s’y détache.
C’est un album à écouter quand le soleil pénètre
dans vos appartements, quand le ciel est bleu et que les voitures
klaxonnent au feu en bas de chez vous. Augmentez le son de votre
platine et profitez seulement de la lumière naturelle pour
vous échapper d’un monde bien trop bruyant. Avec April March,
il faut se laisser emporter par la superficialité de la vie
afin de mieux contrebalancer des dérives de la vie quotidienne.
Comme si on pénétrait dans le monde d’Alice aux pays
des merveilles, et qu’on aimerait nous aussi pénétrer
derrière le miroir.
Car un miroir ne fait que refléter une image, alors qu’au
delà, c’est un peu un monde idéal mais hélas
imaginaire qui nous attend. Alors profitons du temps qu’il nous
est imparti, avant que le ciel nous tombe sur la tête.
Site officiel : www.tricatel.com