Aphex Twin : drukqs
Richard D. James, alias Aphex Twin, est un
personnage étrange et atypique : il suffit de se pencher
sur les pochettes de ses albums pour le comprendre (on appréciera
tout particulièrement la pochette du EP "Windowlicker"
(1997) où l'on voit son magnifique visage posé sur
le corps d'une plantureuse jeune femme en maillot de bain !). Si
le musicien est "spécial", sa musique ne
l'est pas moins. Que l'on soit en face du psychotique "Come
To Daddy" ou du faussement pop et vraiment cynique "Cornish
Acid", un chose est certaine : on ne sait pas à
quoi s'attendre ! Cet univers décalé et ce traitement
unique des sons font d'Aphex Twin un des musiciens les plus intéressants
de la scène électronique.
L'album "drukqs" met fin à
une période d'hibernation discographique de quatre ans si
on regarde les dernières sorties d'Aphex en date sous forme
de CD Maxis. Quatre ans, c'est long ! Et il ne fallait pas moins
d' 1h40 de nouveaux titres répartis sur deux disques pour
ne pas trop en vouloir à ce génie de l'électronica
de nous avoir fait tant attendre.
Qui dit sommeil discographique ne sous entend
pas forcément néant musical total, loin de là.
On retrouve par conséquent des titres vieux de sept à
huit ans côtoyer ses productions les plus récentes.
Bien que cela s'entende sur certains titres qui sonnent 90s, voire
80s, l'ensemble reste tout à fait homogène et cohérent.
Ceux qui auraient peur de se trouver devant une compilation de titres
inédits livrés en vrac peuvent être rassurés
: nous sommes en présence d'un véritable album. «C'est
comme un voyage ou un journal de vie musicale.», voyage
qui nous amène au plus profond de l'univers d'Aphex Twin.
A défaut de trouver de véritable
hit susceptible de sortir du lot, sans doute à cause de la
quasi-inexistence de titres soutenus par des voix, on se laisse
emporter par les mélodies simples mais non simplistes de
morceaux composés et joués sur piano préparé
(piano dans lequel on a introduit toutes sortes d'objets afin d'en
modifier le timbre) et on ne peut résister à une frénétique
envie de bouger à l'écoute de morceaux épileptiques
comme "Mont St Michel / St Michael's Mount". On
pourra d'ailleurs remarquer que mélodie et rythme ne sont
jamais dissociés, même si Aphex privilégie l'un
ou l'autre en fonction des morceaux.
Bien que cet album s'inscrive dans la lignée
des précédents, il marque surtout un tournant majeur
dans la musique de Richard D. James. Ce dernier franchit enfin le
pas en mariant expérimentations électroniques et acoustiques,
n'hésitant pas à lorgner du côté de Stockhausen
et de John Cage. On trouve également des morceaux purement
acoustiques, faisant taire ceux qui prétendent que les musiciens
de musique électronique ne sont que des bidouilleurs se contentant
de piller les œuvres des autres.
Avec cet album, Aphex Twin reste et restera
pendant quelque temps encore une des figures emblématiques
de la scène électronique. A acheter absolument.
Sites officiels :
http://www.warprecords.com
http://www.rephlex.com
Label créé par Aphex.
Autres sites :
http://www.aphextwin.fr.fm/
http://www.joyrex.com/