Anekdoten : Gravity
(Musea)
Il y a les fruits de saison, il existe aussi la musique
de saison. Non, non, pas celle qui est à la mode, mais celle
qui correspond tout à fait à l’atmosphère d’un
moment. En ces jours où l’on remet le chauffage en route,
Anekdoten vous offre une douce chaleur pour l’esprit, à déguster
au coin du radiateur, en regardant la pluie tomber.
Si la bio insiste sur les rapprochements avec Radiohead
et King Crimson, cet album peut aussi évoquer d’autres
groupes ou tendances: Tangerine Dream (le deuxième
titre s’appelle d’ailleurs «Ricochet», titre
d’un album de T.G.) pour son côté planant, ou bien
entendu Pink Floyd, la pop pour les mélodies toujours
présentes, la dark-wave pour la tonalité générale
assez mélancolique, et bien sûr le rock.
Par exemple, les guitares lancinantes de «Gravity»,
et les ambiances limite psychédéliques, ne sont pas
si éloignées d’un stoner cotonneux, quelques passages
semblant même tout droit sortis de chez un Cathedral ou
un Kyuss ayant décidé de fumer la couette plutôt
que de la moquette.
Moi qui connaît surtout les formations suédoises
grâce au célèbre «Goteborg sound»
du death-metal mélodique, me voilà projeté
dans un monde éthéré, aux lumières puissantes
mais tamisées par la protection de tentures épaisses
et accueillantes.
Qu’on ne s’y trompe pas, Anekdoten, qui livre ici son quatrième
album en dix ans, est loin d’être un groupe qui fait dormir.
Plutôt rêver. Car certains titres ne dédaignent
pas une énergie plus brute, quoique toujours contrebalancée
par des claviers qui copinent avec les sons stratosphériques
des 70’s.
Tension paisible
Hé! oui, Anekdoten carbure au mellotron (l’ancêtre
de l’orgue électronique) et cela s’entend, et cela réchauffe
en évitant le côté artificiel, déshumanisé
de bien des combos qui abusent du clavier.
Anekdoten alterne avec un remarquable équilibre les passages
chantés (façon «le commandant de bord est heureux
de vous annoncer que nous volons à 3000 km d’altitude et
que vous pouvez fermer les yeux pour mieux distinguer les étoiles»)
et instrumentaux à la Tindersticks - violon en moins.
Sur des basses très présentes, la six-cordes fait
le lien entre les instants qui jouent à plein sur l’atmosphérique
et ceux qui vous réveillent soudain, des chœurs discrets
ou une cymbale claire soulignent ou apportent des contrepoints.
Bref, en restant en permanence dans cette fausse torpeur, ou cette
tension paisible, ou cette étrangeté bienveillante,
ou cette sensualité nerveuse (aucune mention à rayer),
le groupe arrive à trouver une personnalité réelle,
mais susceptible d’accrocher un large panel d’oreilles.
Anekdoten procure l’étrange impression de descendre dans
une grotte et de décoller dans l’espace en même temps.
Un voyage rassurant et enveloppant («envolant» même,
avec mes excuses à M. Larousse) dont les couleurs sombres
recèlent une lumière qui réconforte.
Site officiel : www.anekdoten.se
(titres en écoute)