XII Alfonso : This is (Musea)
Le progressif hydrophile, vous connaissiez? Moi non plus,
jusqu’à l’écoute de «This is», du groupe
bordelais XII Alfonso. Cet album enregistré live (bien que
le public en soit quasi absent) évoque un large espace imaginaire,
d’où le stress est banni, où calme et volupté
règnent sans partage, non sans majesté et mysticisme
par moments.
Le rock progressif de XII Alfonso, largement
instrumental, hérite surtout de celui des 70’s, avec du rab’
de Mike Oldfield, deux morceaux plus médiévaux («La
dame de Mantoue» et «Chanson de trouvère»,
de et avec Vital Duo) et des passages folk («Heath»).
Pour la petite histoire, sachez que Dan Ar Braz était venu
poser quelques accord sur l’album «The Lost Frontier»
(1996), dont la plupart des morceaux de ce live sont issus, puis
à nouveau sur «Odyssés» (1999),
de même que Mickey Simmonds (Fish, Camel, Oldfield), revenu
encore sur «Claude Monet» (2001).
XII Alfonso n’est donc pas vraiment un combo de débutants.
Sa formation remonte à 1988 et sa première trace discographique
fête son dixième anniversaire. «This is»,
bien que sorti en 2003, a en fait été enregistré
en 1998, lors de concerts en France et au Mexique.
Mais pourquoi diantre le qualifier d’album de progressif hydrophile
(et non pas hydrocéphale, car ce progressif là n’a
pas la grosse tête)? D’abord parce que je n’ai pas trouvé
mieux que ce qualificatif un peu stupide, je l’admets. Ensuite et
surtout par la sensation de se coucher sur un matelas de coton moelleux
que procure cette galette. Economie (mais pas « simplisme
») dans la composition et l’instrumentation -parfaitement
maîtrisées-, morceaux étirés : la musique
de XII Alfonso sait prendre son temps (78 minutes au total!) et,
assez cinématographique, procède par fondus.
Le groupe s’appuie par ailleurs sur un sens certain de la mélodie
douce et sur la voix de Caroline Lafue, belle et puissante, qui
tend vers une espèce de lyrisme pop (sans dégouliner).
Pour rester dans la comparaison avec le grand écran, ce
n’est pas tourné à l’américaine avec des changements
de plans toutes les cinq secondes. On a plutôt l’impression
de paysages brumeux, de visages filmés en plans fixes -dont
on doit se pénétrer pour trouver la singularité-
ou avec de lents mouvements circulaires de caméra.
Le reproche évident est que tout cela pourrait apparaître
soporifique, surtout pour le béotien en progressif, égaré
en ces terres doucement vallonnées, où les gorges
profondes ne succèdent pas aux pics himalayens à grands
coups de breaks et de contre-breaks. Il est vrai que les tous derniers
morceaux, vraiment très cools, donnent un final un peu ramollo.
Et que l’ensemble aurait gagné à proposer plus de
contrastes.
«This is» reste toutefois un album de fort
bonne facture, sans esbroufe, à l’écoute duquel il
faudrait vraiment être de très méchante humeur
pour ne pas prendre de plaisir.
http://www.progressiverockbr.com/xiialfonso.html (site officiel)
http://www.musearecords.com (mp3 en écoute à la section
«online store»)