Air - Talkie Walkie
Lorsqu’on a découvert ce duo il
y a de cela quelques années, beaucoup pensaient qu’il ne
resterait rien de ces musiciens, sinon leur nom. Les détracteurs
ont été forcés d’admettre qu’Air n’était
pas une expérience de passage ayant surfé sur la vague
de la French Touch. En témoigne leur notoriété
sans cesse croissante. Un album branché, voire branchouille
pour accrocher le chaland (« Moon Safari »),
une collaboration avec Sofia Coppola qui donne la B.O. de Vrigin
Suicides, et un 100 000Hz un peu trop emphatique et prétentieux.
C’est d’ailleurs ce qu’on peut reprocher à
leur musique : un côté pompeux qui finit par lasser.
Un nouvel album est donc un événement qui va me permettre,
du moins je l’espère, de trouver une réponse à
cette question que je me pose de temps en temps : vais-je un jour
aimer Air ?
« Talkie Walkie » est annoncé
comme un album plus intimiste et simple que son prédécesseur.
C’est par conséquent avec un certain espoir que je me plonge
dans ce disque. La pochette semble d’ailleurs aller dans ce sens.
Les deux musiciens, unis et face à leur auditoire. Un tête-à-tête
d’un peu moins de quarante-cinq minutes pour nous faire partager
leurs idées du moment.
Cohérent et relativement plaisant. C’est
ce qui ressort de la première écoute d’un album aux
ambiances feutrées et aux harmonies délicates. On
ne peut cependant s’empêcher de rire devant les kitschissimes
« Cherry Blossom Girl » et « Surfing On A Rocket
». Des réminiscences improbables de leur période
branchouille à oublier de toute urgence. Ce n’est finalement
que plus tard, au bout de quelques écoutes supplémentaires
que l’on commence à percevoir les trouvailles qui fourmillent
dans ce « Talkie Walkie ».
Passé une certaine impression de platitude,
on apprécie à sa juste valeur le travail sur les harmonies
vocales (notamment celles présentes sur « Run »,
un véritable petit bijou de finesse), le travail rythmique
(une mélodie en 9/8 irrégulier sur une rythmique en
4/4 sur « Mike Mills »), les expérimentations
sonores, le mélange des couleurs qui confèrent à
cet album une dimension acoustique du plus bel effet.
Sans tambour ni trompette, le duo ose et perce
un peu plus la banquise qui sépare encore électronique
et sons dits réels. Cela n’est pas étonnant puisqu’on
connaît et reconnaît depuis longtemps son talent de
producteur. Le fait d’avoir confié une partie du travail
à une personne extérieure, en l’occurrence Nigel Godrich,
producteur de Radiohead ou Orbital, pour ne citer qu’eux, a permis
à Air de se concentrer un peu plus sur le travail de composition.
Cet effort s’entend aussi bien sur les instrumentaux que sur les
chansons. Après avoir travaillé les sons, Air s’attaque
aux structures et tentent d’établir un équilibre complémentaire
de l’homogénéité sonore à laquelle il
nous a habitué. Le pari est plutôt réussi, même
si l’ensemble s’avère un peu trop convenu par moments. On
n’écoute pas de toute façon Air pour être surpris.
On est simplement content de s’apercevoir que les deux comparses
savent faire autre chose que de la production sonore qui, même
si elle est maîtrisée, montre rapidement ses limites
en tant qu’album.
Il reste cependant une étape supplémentaire
que le duo doit franchir : celle des paroles. Ces dernières,
relativement insipides, se plantent comme un défi à
relever. Après avoir écouté l’Air, on espère
un jour le lire.
Retour à la page d'actualités