Absurd : Dernières sommations (Brennus)
Deux groupes pour le prix d'un, avec un baril d'humour
en prime: chers amis du télé-crachat, voici notre
grande promotion du jouir. Quand votre cédéthèque
vous oblige à choisir entre Ange et Iron Maiden, entre crise
de tête et prise de fête, Absurd vous emballe le tout
en paquet-crado.
La musique est très orientée heavy-métal
british 70's-80's (la pochette prend soin de préciser que
"toutes ressemblances avec des extraits musicaux existants
ou ayant existé sont volontaires et revendiqués"),
tandis que les paroles de Chatte-Chatte miaulent dans le panier
de la bande à Christian Descamps. Celui-ci vient pousser
le refrain sur De la magie sur les tapis et a accueilli à
plusieurs reprises Absurd comme première partie.
Si cet album avait un concept, ce serait "fesses que voudra",
comme en témoigne le Triptyque amoureux ...en trois partouzes,
comme il se doigt. Il y a donc là de l'art et du cochon,
arrosés de grosses rasades d'alcoooool: ce Chatte-Chatte
préfère whisky. N'allez pas croire cependant qu'il
s'agisse d'une simple déconnade. Dernières sommations
est l'oeuvre de gaziers qui peignent leurs fractures rubis sur l'onglet,
et ne se contentent pas de livrer une mixture "synthèsetique".
Après écoute, les refrains loup-phoque viendront
souvent au rat-porc dans votre cerf-veau. Mais ne tentez pas de
les entonnoirer sous la bouche-à-douche, à moins de
vouloir vous noyer dans un vers dur. Il m'a quand même fallu
quelques écoutes pour m'habituer à la voix de Chatte-Chatte,
qui aime bien en rajouter un peu dans l'onirique et le décla-mateur.
Et puis, comme on ne peut pas s'empêcher d'essayer de décrypter
les paroles (et les jeux de mots parfois abscons ou trop systématiques,
voire un peu lourdingues), on en oublierait presque la musique,
au premier abord. Mais justement, derrière, ça patatore
juste ce qu'il faut, solos et passages mine-d'aérien en sus,
tout en restant très accessible aux non-métalleux
(comme Maiden, en fait). Le mariage fonctionne parfaitement.
Cadavres exquis
On en arrive ainsi à des titres comme Tout seul dans mon
slip, qui aurait eu une gueule de tube heavy-slow de l'été...
si les paroles franglaises n'étaient pas complètement
à côté de leurs pompes à décence.
Charles Baudelaire doit se retourner dans sa tombe en entendant
l'adaptation, très réussie au demeurant, de L'Albatros.
Façon de dire qu'il ne reste qu'artiste si l'on garde les
deux pieds sur terre-à-terre.
Mais Absurd, parfois, arrête de glâner à 15000
pieds, s'épanche sur le monde et mord dans l'âme. Dernières
sommations se termine sur deux titres qui abordent des extrêmes
de notre société, extrêmes qui, bien sûr,
sont deux facettes d'une même absurdité, bien réelle
celle-là: sur Casting, les tops-models et la pseudo-esthétique
dont on les drape ("Cadavres exquis dans les défilés/
Montagnes russes, mode Somalie"); sur Plus rien, les
clochards et le miroir de nos peurs qu'ils nous tendent ("Regarde
moi en face/ Je ne suis plus rien/ Regarde toi dans la glace/ Es-tu
encore quelqu'un?").
Le livret et sa couverture valent aussi le détournement
de mirettes. Les textes de chaque titre sont accompagnés
d'un exergue. Citons:
- " Fesse, queue, doigt, advienne que pourra " (Jacques
Prévert) ;
- " L'homme descend du songe " (Antoine Blondin) ;
- " La chute d'Adam et Eve : une erreur de Genèse
" (Boris Vian)...
Déjà fort d'un MCD en 1998, puis d'un premier album
en 2001, le groupe s'installe en première classe avec cette
nouvelle galette, et sous une pluie d'éloges. Absurd, qui
porte bien son non-sens, cultive son paradoxe. Concilier Iron Maiden
et Ange, tout en se forgeant une personnalité, n'est pas
un mince exploit. Dernières sommations n'engendre pas la
mort-aux-idées. C'est son meilleur atout en ces temps de
préfabriqué.
Site officiel : www.absurd.fr.st